Commentaire sur le bon berger…

Le commentaire pour Panorama
de Marie-Noëlle Thabut, bibliste

Quelle audace ! Nous sommes habitués à certaines représentations de Jésus portant un agneau sur ses épaules, et peut-être avons-nous du mal à imaginer à quel point une telle phrase était osée. Mais il y a fort à parier que nombre de ses interlocuteurs se sont dit : “Pour qui se prend-il ?” Saint Jean note d’ailleurs, dans les versets suivants que cette déclaration a provoqué à nouveau la division parmi les juifs.

Bien sûr, dans le paysage d’Israël, les exemples de bergers et de troupeaux étaient habituels. Mais, depuis bien longtemps, les prophètes en avaient fait un sujet de prédication privilégié, sur le thème de l’unité du troupeau (le peuple) autour de son berger (Dieu). Les fidèles avaient compris la leçon et chantaient volontiers le psaume 23/22 : “Tu es mon berger, ô Seigneur, rien ne saurait manquer où tu me conduis.” Ici, nous ressentons particulièrement la distance culturelle qui nous sépare des textes bibliques ! Le vocabulaire de la bergerie n’est plus guère à la mode. Aujourd’hui, l’homme d’Etat ou le prédicateur seraient mal venus de nous comparer à un troupeau. Tout autant que de nous inviter à ne pas quitter le bercail. Mais, pendant la période biblique, les peuples du Moyen-Orient utilisaient la métaphore de manière très positive : le grand roi de Babylone, Hammourabi, par exemple, vers 1750 av. J.C. se vantait d’être “le berger qui sauve et dont le sceptre est juste”. Les prophètes d’Israël étaient donc certains d’être compris.

Et la prédication continuait : pour dire que Dieu prend soin de son peuple (son troupeau) au jour le jour, les prophètes expliquaient qu’il choisit des bergers délégués, les rois. La mission de ces derniers était donc claire : tels des bergers attentionnés, ils devaient assurer la sécurité et le bien-être de tous. A vrai dire, la royauté n’a jamais été à la hauteur de ce beau rêve indéfiniment déçu ! Les uns après les autres, les rois se sont révélés de piètres bergers, soucieux d’abord de leur propre bien-être. Parfois aussi, ils ont entraîné leur troupeau sur des pentes dangereuses.
Mais, comme les prophètes ne perdent jamais la foi, ils affirmaient contre vents et marées que le vrai bon berger finirait par venir. La phrase de Jésus était donc parfaitement claire, mais pouvait-on la prendre au sérieux ?

Je donne ma vie pour mes brebis

Jean a retenu avec soin toutes les phrases de son maître qui disaient sa détermination à donner sa vie pour son troupeau : “Je donne ma vie… Personne n’a pu me l’enlever : je la donne de moi-même.” Jean souligne ici la liberté de Jésus. La liberté n’est-elle pas le premier attribut d’un roi ? Voilà bien, nous dit Jean, le roi que l’on attendait, non pas le roi que nous présentent les magazines, mais celui qui sera prêt à tout pour sauver son peuple. Décidément, les vues de Dieu ne sont pas les nôtres !

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