Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille

Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille

Isaïe 50, 5-9  

Le commentaire pour Panorama
de Marie-Noëlle Thabut, bibliste

L’hébreu est une langue très imagée. Ainsi l’expression «Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille» est évidemment à prendre au figuré : avoir l’oreille ouverte, c’est entendre la parole de Dieu, la laisser résonner jusqu’au fond du cœur, et se laisser convertir par elle au jour le jour.
C’est l’heure des confidences : le prophète livre ici son expérience spirituelle, sa joie profonde de vivre dans l’intimité de Dieu, d’être nourri de sa Parole. Dans les lignes qui précèdent, il disait : «La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire.»
Mais ce qui fait sa joie fait aussi son tourment. Cela ne vient pas de Dieu, bien sûr, mais de l’entourage du prophète, de ceux à qui il est envoyé porter cette Parole et qui la refusent. Cela pourra aller jusqu’à la persécution, mais, là encore, c’est en Dieu lui-même que le véritable Serviteur de Dieu puise sa force. Nourri de la Parole, c’est à cause d’elle qu’il est persécuté, mais c’est elle aussi qui lui donne la force d’affronter la persécution : «Le Seigneur Dieu vient à mon secours : c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages.» Là, Isaïe ne se contente pas de faire des confidences, c’est un idéal, un défi même, qu’il propose à son peuple en Exil à Babylone : accepter d’être le «serviteur de Dieu» nourri chaque matin par la Parole, accepter aussi la persécution et ainsi devenir mystérieusement mais réellement collaborateur du projet de Dieu.

J’ai rendu mon visage dur comme pierre

En hébreu, cette expression est synonyme de fermeté de caractère. La langue française possède une image du même ordre : il nous arrive de dire de quelqu’un qu’il a «le visage défait» . Rendre son visage dur comme pierre, c’est afficher sa résolution, quoi qu’il arrive, de ne pas se laisser abattre. Une manière de dire : «Rien ne m’écrasera, je tiendrai bon quoi qu’il arrive, vous ne me verrez pas le visage défait.» Ce n’est pas de l’orgueil ou de la prétention, c’est de la confiance pure : parce qu’il sait bien d’où lui vient sa force : «Le Seigneur Dieu vient à mon secours : c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages…» Tous les prophètes ont fait cette même expérience. Jérémie, par exemple, que Dieu avait bien prévenu : «Ils te combattront mais ils ne pourront rien contre toi : je suis avec toi pour te libérer» (Jr 1, 18), et Ezéchiel : «Je rends ton front dur comme le diamant, plus dur que le caillou ; tu ne les craindras pas (dit Dieu) et tu ne t’effrayeras pas devant eux» (Ez 3, 9). Saint Luc a repris exactement la même expression en parlant de Jésus : là où notre traduction liturgique dit : «Jésus prit résolument la route de Jérusalem», Luc a écrit en grec : «Il durcit sa face pour prendre la route…» (Lc 9, 51).

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