Une école de la douceur

La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.
Elle ne peut se trahir, sauf à être falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer.

La douceur est politique. Elle ne plie pas, n’accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s’accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l’humain.

De l’animalité, elle garde l’instinct, de l’enfance l’énigme, de la prière l’apaisement, de la nature, l’imprévisibilité, de la lumière, la lumière.

La douceur est l’un des noms de cette réconciliation avec ce qui a été refoulé, exilé dans le passé et ainsi « repris » avec mansuétude et le courage qu’il faut pour s’avouer qu’on y était, en conscience.

La douceur est ce qui nous permet d’aller au-devant de cet étranger qui s’adresse à nous, en nous. C’est la voix que le poète anime, et recueille.
C’est une part du monde sauvage déposée là.

La douceur apparaît d’abord comme une défaillance. Elle déroge à toutes les règles du savoir-vivre social. Les êtres qui en font preuve sont parfois des résistants mais ils ne portent pas le combat là où il a lieu habituellement. Ils sont ailleurs. Incapables de trahir comme de se trahir, leur puissance vient d’un agir qui est constamment une manière d’être au monde

« Puissance de la douceur », Anne Dufourmantelle

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