Prière pénitentielle des conducteurs

Pardon, Seigneur, pour l’immense Sarajevo que sont les routes de France où nous, les snippers du bitume, nous ne visons personne, mais tuons n’importe qui par nos excès de vitesse.
Pitié, Seigneur, pour tant d’innocents écrasés, parce qu’ils ont eu le malheur de traverser la départementale qui coupe leur village, alors que nous fonçons à cent vingt kilomètres à l’heure.
Pardon pour ce père qui, voulant arriver à l’heure pour un repas de famille, a doublé dans un virage en décimant sa propre famille. Il a tué, de plus, le père, la mère et un enfant dans la voiture arrivant en face. Sept gosses s’y blottissaient… Pitié pour les six orphelins blessés dont deux sont handicapés à vie.
Pardon, Seigneur, de me foutre complètement de la vie des autres conducteurs mais de respecter uniquement l’emplacement des radars et l’endroit où les policiers sont embusqués.
Pardon, Seigneur, pour les centaines de jeunes qu’on trouve rituellement, chaque année, le samedi soir, déchiquetés dans les restes de leur voiture ou brûlés vifs en sortant des boîtes de nuit.
Pardon, Seigneur, pour les voitures nouvelles, spéciales jeunes, que nous leur vendons allègrement, grâce en partie au cadran de vitesse indiquant deux cents kilomètres à l’heure. Aie pitié de nous, adultes, leurs marchands de mort.
Pardon pour les bras d’honneur et autres gestes, face à un fou du volant, alors que nous savons que cela exacerbera son agressivité, en l’appelant à un peu plus de violence.
Pardon, Seigneur, pour nous les anciens qui, nous considérant comme très verts, refusons de nous résoudre à lâcher le volant, prétextant que notre vue ne baisse pas trop et que nous entendons très bien d’une seule oreille.
Pardon, enfin Seigneur, pour être sans pitié pour le criminel alors que nous nous trouvons tant de circonstances atténuantes quand nous tuons sur la route par homicide involontaire, à la suite d’imprudences multiples.
Aide-moi, Seigneur, chaque fois que je prends ma voiture, à faire une courte prière pour Te demander une conduite pacifique, un accélérateur respectueux des limites et un grand amour de l’autre.

Père Guy Guibert (Dieu mon premier amour, Stock, 1995)

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