La dernière leçon

Narou, le vieux chef du village, sentait ses forces le quitter. Il était venu le temps du dernier coucher de soleil, le temps béni où il rejoindrait enfin les anciens partis dans la grande prairie depuis tant de lunes… Il lui restait à délivrer ses dernières recommandations aux jeunes de la tribu et à désigner, parmi eux, son successeur.
Une formalité que ce choix tant il était évident, aux yeux de tous, qu’il ne pouvait se porter que sur Bonga, le plus fort, le plus rusé, le plus adroit. C’est lui qui conduisait la chasse, depuis si longtemps déjà.
Le vieux chef fit donc passer le message de rassemblement et lorsque le soleil allait se faire manger par la Terre, là-bas à l’horizon, tous se retrouvèrent en conseil autour de lui. Son ultime enseignement pouvait débuter.
Il confirma d’abord Bonga dans sa future responsabilité. La tradition était bien établie : l’ancien offrait un jeune tronc d’arbre à celui qui, à l’issue de l’épreuve, pour autant qu’elle soit réussie, devait prendre la relève, à la tête de la tribu. Le défi consistait pour lui à prouver sa force devant tout le monde en brisant le tronc entre ses bras.
Le tronc était épais comme une cuisse, Narou avait-il préjugé de la force de son élu ?
Non, le bois éclata littéralement sous les cris de joie de tout le village qui reconnaissait ainsi son nouveau guide.                     
Ensuite, Narou envoya tous les jeunes gens chercher une fine branche, longue de deux coudées environ ; la mission fut vite accomplie, le village étant construit au beau milieu d’une clairière. A leur retour, ils les remirent au vieux sage qui les rassembla et les lia en un fagot dont l’épaisseur égalait pratiquement le tronc brisé tout à l’heure.
Narou demanda encore à Bonga de réitérer son exploit. Le tout nouveau chef eut beau y mettre toute sa puissance, rien n’y fit, le fagot resta intact.
Et, Narou d’en tirer les leçons qu’il présenta comme les plus importantes qu’il puisse donner :
« Nul ne pourra vaincre notre peuple si tous ses membres se tiennent toujours comme les branches de ce fagot, solidaires dans toutes les circonstances de la vie. Ne l’oubliez jamais !  Vous avez maintenant à votre tête le meilleur chef qui puisse être mais il a besoin de vous tous unis autour de lui pour vous conduire. Ne l’oubliez pas davantage ! »

Narou se mit alors en route vers la grande prairie, sa dernière mission accomplie, la paix dans l’âme.

Conte indien

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