Judas


Caché au fond de ta soupente, derrière l’escalier, tu es immobile, Judas. Tu as fermé toutes les portes, calfeutré les fe-nêtres. Ta maison est protégée du bruit de la foule qui hurle sur le passage de Jésus. Tu ne bouges plus. Tu laisses ce moment passer sans toi, tu laisses le temps t’oublier au bord du chemin, comme si tu pouvais sauter directement de ta tra-hison au jour d’après. La nuit va passer, te dis-tu. La nuit va passer et elle sera terrible. Voilà que Jésus portant son supplice s’approche du Golgotha, il va arriver près de chez toi. Tu le sais. Tu le sais parce que dans ton corps statufié, une vibration retentit.Un coup sourd, lourd, massif, qui fait vibrer les en-trailles de la terre.www.dominicains.comC’est le poids de la Croix qui tombe des épaules de Jésus, le choc des poutres lourdes qui rebon-dissent sur le pavé. Tu reconnais ce bruit.Et ton immobilité et tes volets de bois ne te servent plus à rien. Tu le vois tomber, Jésus, avec sa croix trop lourde. Ce deuxième coup dans le sol, plus proche, c’est certainement lui. Les voici qui ap-prochent.Est-ce la foule qui insulte Jésus dans la rue près de ta maison, ou est-ce ta conscience qui te hurle des mots de haine ? Tu ne sais plus. Mais dans la solitude extrême de ta trahison, tu voudrais pou-voir courir vers lui et l’aider à ramasser sa croix. Mais pour cela, crois-tu, il faudrait que tu sois plus fort. Plus courageux. Plus simple. Plus confiant.  Il faudrait que tu ne sois pas toi ou que tu oses en-trer dans la folie de l’amour et du pardon qui te tendent les bras.Tu ne vois pas que Jésus tombé devant ta fenêtre close attend un long moment avant de se relever.Les férules des soldats mordent sa chair, mais on dirait qu’il attend. On dirait qu’il t’attend, Judas, lui l’Abaissé, pour te relever.Tu restes immobile et tu continues à te dire que tu n’es pas digne. Qu’il te faudrait être quelqu’un d’autre pour être pardonné.Alors Jésus se relève et regarde la croix qu’il va devoir remettre sur ses épaules. Il a l’air tellement épuisé.Il repart sous les huées de la foule, portant le bois lourd et le chagrin que tu ne te sois pas laissé par-donner. Mais Dieu seul sait ce qui se passera lorsque tu le rencontreras dans quelques heures. Nous, nous espérons que, dans l’ultime rencontre, tu t’ouvres à l’Amour de Dieu.

(Dominicains de Toulouse)

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