L’âne, le chien et la colombe


Un vieil âne parlait à ses petits-enfants. Dans l’étable, l’heure était aux confidences et le vieil animal se souvenait des grands moments de sa vie. Il disait au dernier de ses petits-enfants : « Tu sais petit, l’ânon dont parle saint Matthieu, c’était moi ! Quand j’étais un tout jeune âne, c’est sur mon dos que le Messie est monté. D’ailleurs, dans notre famille, c’est une longue tradition ! C’est ma mère qui avait porté Marie, lors du voyage de Nazareth à Bethléem, alors qu’était enceinte. C’est ainsi que vos grands parents se sont rencontrés. Mon père m’a raconté qu’il était dans la crèche où Jésus est né.Le petit avait eu la visite de bergers, puis de Rois. Les moutons l’appelaient le Roi des rois, le berger des bergers. Les arbres des forêts, dit-on, criaient de joie et agitaient leurs branches comme on agita les ra-meaux le jour où j’entrais triomphalement à Jérusalem, le Messie sur mon dos. C’était 33 ans plus tard, le jour des Rameaux. Toute la foule était en liesse. Le petit Jésus avait fait du chemin. Il avait accompli des miracles, guérit des malades, multiplié des pains, ressuscité des morts. Tous le proclamaient Roi !Sur ces paroles, un vieux chien bougon se mit à aboyer. « Tu parles ! J’étais là moi aussi, ces jours-là. Le di-manche, c’est vrai, la foule acclamait Jésus comme un roi. Mais, quelques jours après, la même foule criait de le crucifier ! On le frappa, on lui enfonça une couronne d’épines sur son crâne. On le vêtit d’un manteau rouge qui collait à ses plaies. On se moquait de sa royauté. On se prosternait devant lui après avoir craché sur son visage. Mais moi, je suis venu lécher ses plaies, pour le consoler d’être abandonné de tous, comme ce pauvre Lazare qu’un riche laissa dehors, alors que les forts doivent protéger les plus faibles. J’aimais ce Roi : je savais que c’était un vrai chef, car il ne s’était pas enfui devant les loups. Il a donné sa vie pour ses amis. C’est à cela qu’on reconnaît les grands ! Lui qui était le Roi de l’univers, il a accepté de mourir comme le dernier des criminels, sur la croix. Jamais je n’aurai vu dans l’histoire de Roi si aimant, si doux, si patient. C’était un roi d’humilité !www.dominicains.comL’âne répondit : « tu as raison, vieux chien. C’est d’ailleurs pour cela qu’il m’a choisi quand j’étais petit. Mon frère aîné était plus grand, plus fort. Mais Jésus, c’est le roi des plus petits, des pauvres et des mendiants.Il y avait aussi une colombe dans l’étable. Elle était sur le dos de l’âne. Elle sautillait, elle trépignait. Elle attendait son tour de parler depuis bien trop longtemps ! « Arrêtez de parler du passé ! Ce roi n’appartient pas au passé ! Je le sais, car je suis une colombe. Nous les colombes, nous sommes éternelles. Comme le Phoenix, nous renaissons de nos cendres. Comme ce Roi ressuscitera des morts. Ce sera sa vraie victoire, son vrai triomphe quand les morts eux-mêmes agiteront leurs palmes en signe de résurrection. Car la vie, la vraie, est éternelle. J’ai connu bien des destructions, des guerres ou des épidémies. J’étais là quand Dieu fit l’univers. Là, quand il chercha à le détruire, lors du déluge. Mais Dieu revint de sa colère. L’eau du déluge s’est retirée. J’ai découvert alors un rameau d’olivier. Cela ne te rappelle rien, vieil âne ? Un rameau comme celui qu’ils agitaient quand ils virent Jésus Christ sur ton dos, dans les rues de Jérusalem. Ce ra-meau d’olivier, je l’ai ramené à Noé comme signe de la victoire. Le corbeau, lui, l’avait vue. Mais il n’était pas revenu vers l’arche. Il avait préféré rester tout seul. C’est le même d’ailleurs qui creva l’œil du Seigneur. Dans ma famille, on sait revenir, se retourner. Voilà pourquoi on dit que saint Pierre est fils de Jonas – en hébreu Jonas veut dire colombe – car même s’il a trahi le Christ, il a su revenir, se convertir. Toi aussi petit, je le vois bien : tu as des yeux de colombe. Tu sais te repentir, confesser ton péché et demander pardon. Voilà le rameau qu’il faut agiter aujourd’hui. Celui de notre retour au Père, de notre conversion. Le rameau de la victoire du Pardon et de la Vérité, contre le règne du mensonge et de la trahison. Car le Christ est Roi du Pardon !

(Dominicains de Toulouse)

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