II s’était retiré en plein pays païen. Et voilà qu’une femme l’interpelle, qu’elle crie pour qu’il guérisse sa fille. Mais lui ne répond rien. II n’est pas venu pour elle. II est venu pour son peuple. Toujours cette tentation, cette volonté parfois, de faire de son Eglise un ghetto, une secte. Où l’on ne peut entrer qu’en montrant patte blanche. Une Eglise de parfaits, qui croient ce qu’il faut croire et qui ont de bonnes mœurs. Qui n’accueille à sa table que les purs et les durs. Alors, vous pensez bien, elle qui n’est qu’une femme, et païenne de surcroît, mais qu’elle se taise donc !

Et alors, il ne reste qu’à faire le ménage. On écarte d’abord ceux et celles qui ne sont pas en règle avec nos lois, nos commandements. Dont il est évident qu’ils ne respectent pas ce qui est obligatoire et ce qui est interdit. Et ils ne manquent pas : divorcés remariés, jeunes qui utilisent des moyens interdits, ceux et celles aussi qui vivent hors des normes. Et puis la tentation sera grande d’aller plus loin et de purifier. D’écarter ceux et celles qui pensent autrement. Car tout de même, l’Evangile, il faut le respecter. Et ne pas le jeter aux chiens.

« Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres », a répondu la femme. Jésus est bouleversé. C’est cette femme qui voit clair, cette païenne qui a raison. Et qui oblige Jésus à élargir son regard. Merveilleuse est la foi ! Depuis lors, nous aussi, il faudra nous ouvrir aux dimensions du monde. Entendre le cri de l’homme quel qu’il soit, d’où qu’il vienne. Du jeune qui se cherche et du vieux qu’on oublie. De la femme réduite à jouer les seconds rôles. De l’étranger qui n’est plus qu’une bouche en trop. Les petits chiens maintenant ont droit de venir à table.