Y a-t-il quelqu’un de plus désagréable que celui qui se prend pour un autre?


Y a-t-il quelqu’un de plus désagréable que celui qui se prend pour un autre? Qui ne connaît pas un collègue au bureau qui joue au patron, un colocataire qui impose des règlements de propriétaire, ou un concierge d’école qui se prend pour le directeur? Ces gens se donnent de l’importance. Ils essaient de se faire valoir, d’établir leur pouvoir et leur contrôle de façon abusive. Parfois, leurs comportements s’expliquent par des intérêts financiers ou autres, qui ne sont évidemment jamais avoués. D’autres fois, c’est le faire-valoir personnel qui les motive uniquement. Combien de petits employés subalternes prétendent se grandir en faisant sonner leur trousseau de clefs, symbole d’un pouvoir plus ou moins réel?

L’évangile communément appelé «les vignerons homicides» met en scène de ces employés peu consciencieux qui sont prêts à toutes les bassesses pour s’approprier le bien de leur maître. La parabole visait les pharisiens et les docteurs de la loi qui s’accaparaient la Loi pour établir leur influence plutôt que pour cultiver la foi en Dieu. Avec la mort-résurrection de Jésus, on y évoque le sort fait non seulement aux prophètes de l’Ancien Testament, mais à Jésus lui-même, qu’on a mis à mort. «La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’oeuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux.» Matthieu reprend ici textuellement les versets 22 et 23 du psaume 118, qu’il applique à Jésus, le serviteur bafoué qui deviendra le Christ ressuscité. Sur Lui on peut fonder tous les espoirs dans l’Israël nouveau. C’est à ce peuple de la nouvelle alliance que le Royaume de Dieu est confié, pour qu’il lui fasse produire du fruit.

L’instinct d’accaparement, la soif de pouvoir, le goût du contrôle sont des réalités bien présentes aujourd’hui encore. Les chrétiens et chrétiennes doivent sans cesse se laisser déranger, interpeller et remettre en question par l’Évangile plutôt que de l’aménager selon leurs propres idées. Ils ne sont pas propriétaires ni de Dieu, ni de son Royaume, ni de son Église, ni de l’Esprit, ni de la vérité. Tout est grâce! Tout est cadeau! Tout est don de Dieu! La responsabilité des disciples de Jésus est de cultiver ce qu’ils ont reçu gratuitement, de faire fructifier les dons reçus, en n’oubliant jamais que le Christ est la pierre angulaire de l’édifice, «et qu’en vain peinent les maçons, si le Seigneur ne bâtit pas la maison», selon l’expression du psalmiste.

Le Royaume de Dieu leur est confié. C’est un don à cultiver. Nul n’en est propriétaire. Dieu est toujours à l’oeuvre dans ce monde et dans l’aujourd’hui. Serait bien prétentieux qui l’oublierait, en voulant l’enclore dans des systèmes de vérité, dans des conceptions pastorales, des édifices ou des institutions.

À ce couple en quête de sens et soucieux de croissance spirituelle, mais qui n’entre pas dans les normes requises pour un mariage religieux en raison d’une première union sacramentelle qui s’est soldée par un échec, qui suis-je pour enfermer exclusivement la présence et la grâce de Dieu dans le sacrement de mariage en leur interdisant l’accès à l’eucharistie? Après leur avoir rappelé la discipline de l’Église, est-il si contraire à l’esprit de Jésus et de l’Évangile que de les inviter à une décision éclairée selon leur conscience personnelle?

«Dieu est plus grand que notre coeur», peut-on lire dans la première lettre de Jean. Fort heureusement! Sinon on réduirait beaucoup et son amour et sa miséricorde et sa confiance en la liberté de ses créatures. Il serait désastreux que Dieu soit à la merci de nos représentations humaines et de nos conceptions religieuses forcément limitées. «Ne soyons inquiets de rien, comme dit Paul aux Philippiens, et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera notre coeur et notre intelligence dans le Christ Jésus.» (Philippiens 4, 6)

Que d’agents et agentes de pastorale, que de chrétiens et chrétiennes engagés résistent mal à la tentation de se prendre pour les propriétaires de la vérité, de l’orthodoxie et de Dieu! On n’est jamais que des vignerons, c’est-à-dire au service de plus grand que soi, le maître de la vigne.

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