Un lépreux vient trouver Jésus



Le commentaire pour Panorama  de Marie-Noëlle Thabut, bibliste

Quelle audace ! Ne peut-il donc pas rester à sa place ? Celle que la société lui a assignée ? Rappelons-nous que, dès que quelqu’un présentait des signes d’une maladie de peau évolutive du type de la lèpre, il devait aussitôt se présenter au prêtre qui procédait à un examen en règle et qui décidait s’il fallait déclarer cette personne impure. Cette déclaration d’impureté était une véritable mise à l’écart de toute vie religieuse, et donc, à l’époque, de toute vie sociale. Etre impur, c’était être inapte au culte et se voir privé de tout contact avec les autres membres du peuple saint qui doivent tout faire pour préserver leur pureté. Ainsi exclu de la communauté des vivants, le lépreux portait son propre deuil (vêtements déchirés, cheveux en désordre).

Le jour (bien improbable) où le malade pouvait se considérer comme guéri, il se présentait de nouveau devant le prêtre, lequel procédait à un deuxième examen très approfondi et déclarait éventuellement la guérison et donc le retour à l’état de pureté et à la vie normale. Cette réintégration du malade guéri s’accompagnait de nombreux rites dits de purification : aspersions, bains, sacrifices.
Pourquoi la lèpre prenait-elle une telle importance dans la vie sociale ? Probablement parce que c’est une maladie contagieuse, que personne ne savait soigner et que, par conséquent, les cas de guérison étaient rarissimes. A tel point qu’ils étaient forcément considérés comme des miracles.
Le problème, c’est que l’impureté était considérée elle aussi comme contagieuse ! À cause de son simple contact avec le lépreux, Jésus devenait impur. Et pourtant, il n’hésite pas. Pour la simple raison qu’il a laissé la pitié parler. Marc rapporte : « Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois purifié. »

« Ne dis rien à personne »

Pourquoi cette consigne de silence imposée par Jésus à ce lépreux et, en général, à tous les bénéficiaires de ses guérisons ? En principe, quand on agit bien, il n’y a aucune raison de se cacher ! Il faut croire que l’enjeu est grave, puisque Jésus semble presque impérieux sur ce point : Marc précise qu’il renvoya le lépreux avec l’avertissement sévère de ne rien dire à personne !
L’enjeu, c’est une méprise formidable sur la personne même de Jésus et sur sa mission. Pour l’instant, les malades sont attirés par Jésus, mais sont-ils prêts pour la foi ? C’est là l’ambiguïté des miracles : le risque de repartir guéri sans avoir rencontré Dieu. Les miracles sont le signe que le règne de Dieu est déjà là. Le risque est de n’y voir que le prodige. Jésus n’est pas d’abord un guérisseur : les guérisons sont le signe du royaume, mais la réalité est autrement plus profonde. C’est toute l’histoire de l’humanité qui est en train de vivre un grand bouleversement : le Royaume de Dieu est déjà commencé! 

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