Pour le jeudi Saint au soir


Même après des années, je n’arrive toujours pas à m’y faire lorsque je passe devant une télévision au moment des informations. Est-il nécessaire de montrer autant de violences, de morts ou de blessés ? Pourquoi tant de litres de sang en quelques images ? Je me suis souvent demandé si cela avait une fonction rassurante. Comme si, tant que je vois ces horreurs ailleurs, je me dis finalement que je ne suis pas si mal chez moi, que ma vie va plutôt bien.

Non pas que je me réjouisse du mal de l’autre, mais après l’émotion passée, je suis rassuré là où je suis face à autant de violences. Et c’est vrai qu’elles sont nombreuses. Il y a toutes ces violences physiques dont les journaux n’arrêtent pas de parler ou que certains vivent parfois quotidiennement. Mais il y a également une série de violences plus insidieuses, plus sournoises et qui petit à petit se sont installées en nous ou autour de nous.

Il y a d’abord la violence des mots, ceux qui font mal lorsqu’ils vous transpercent soit parce qu’ils sont injustes, soit parce qu’au-delà de la vérité qu’ils décrivent, nous ne sommes pas prêts à les assumer. Il y a ensuite la violence dans la communication lorsque nous ne nous sentons pas écoutés ou encore lorsque l’autre s’autorise à nous couper la parole car lui il connaît déjà la suite de notre pensée et alors se met à parler tout simplement d’elle ou de lui et parfois de manière interminable.

Il y a également la violence sociale qui invite les êtres humains à entrer dans un certain moule duquel il n’est pas bon de sortir. Il est d’ailleurs étonnant de constater que celles et ceux qui sont considérés comme des grands de ce monde tels que Gandhi, Mère Thérèsa, Sœur Emmanuelle sont des personnes qui sont sortis des sentiers établis. La violence existe donc bien car elle est inscrite en chacune et chacun de nous. Pour pouvoir la gérer, nous devons accepter cette réalité : nous sommes toutes et tous des êtres potentiellement violents.

A toute violence vécue, instinctivement nous sommes pris d’un désir de répondre de la même manière. Et dans l’histoire de l’humanité, le Christ est le premier homme qui a refusé de répondre à la violence par la violence. Il a choisi de verser son sang pour nous. Ce n’est pas quelque chose que les êtres humains lui ont pris. C’est un don offert à l’humanité entière. La veille de sa mort, Jésus nous donne son corps et son sang et nous convie par là à entrer dans une spirale de la non-violence entre nous et en nous. C’est un des sens trop souvent oublié de l’eucharistie. En effet, lorsque nous communions, nous pensons à raison d’ailleurs que nous permettons à Dieu le Fils de venir inhabiter en nous et devenons par là tabernacle de son corps et de son sang.

Cette nourriture céleste est importante pour les croyants car elle donne un autre goût à notre vie. Conscient de ce que nous venons de recevoir, nous sommes invités à enraciner nos paroles, nos attitudes dans la vie du Christ. Le corps et le sang du Christ nous nourrissent de cette manière. Ils nous relient tout simplement à Dieu par la reconnaissance de son Fils. Rassasiés, nous pouvons continuer d’avancer sur la route de la vie car nous nous savons accompagnés de la présence divine qui repose au plus profond de nous puisque son corps et son sang se sont mélangés en nous. Voilà pour ce qui est de la dimension verticale. Vient alors l’autre dimension, celle du partage. C’est ensemble que nous partageons et mangeons cette nourriture spirituelle.

A ce moment-là nous faisons vraiment communion les uns avec les autres dans cette dimension mystérieuse qui nous rassemble. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles au début de l’ère chrétienne, l’eucharistie s’appelait  » les agapes  » qui vient d’agapè c’est-à-dire l’amour.

L’eucharistie était le repas d’amour par excellence. La Fête du Corps et du Sang du Christ que nous célébrons aujourd’hui nous rappelle alors que l’eucharistie nous transforme et nous permet de faire communauté ensemble. Mais pour que cela puisse se vivre dans un amour libre, puissions-nous ne jamais oublier cette autre dimension et nous rappeler tout à l’heure lorsque nous communierons que nous nous engageons à bannir dans nos cœurs, nos actes, nos paroles, en fait dans nos vies, tout ce qui pourrait tuer, blesser, faire saigner, au propre et au figuré, un frère ou une sœur en humanité. Communier n’est donc pas un acte anodin. C’est divin.

Une Réponse

  1. Hoyaux Françoise | Réponse

    C’est toujours un plaisir de lire ces textes.

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