Une prédication radicale



Le commentaire pour Panorama
de Marie-Noëlle Thabut, bibliste

Celui qui voudrait établir une biographie de Jésus à partirdes évangiles serait bien embarrassé devant le récit de la colère de Jésus face aux marchands du Temple de Jérusalem! Dans les trois évangiles (Matthieu, Marc et Luc) dits « synoptiques » – parce que leur déroulement est à peu près similaire et peut en grande partie se lire en colonnes parallèles -, ce que l’on appelle « la purification du Temple » est placé dans les derniers jours de la vie terrestre de Jésus, après son entrée triomphale à Jérusalem.
Saint Jean, au contraire, a placé cet épisode très tôt dans la vie publique de Jésus, dès le deuxième chapitre, peut-être pour nous montrer la radicalité de sa prédication : en quelque sorte l’équivalent de la phrase rapportée par l’évangile de Marc : « Le temps est accompli, le Règne de Dieu s’est approché; convertissez-vous. »

Les marchands du Temple

Cette expression est devenue caricaturale et risque de nous donner une fausse idée de la réalité de l’époque. Les marchands d’animaux (bœufs, brebis, colombes) et les changeurs de monnaie étaient aussi indispensables les uns que les autres. Ils étaient serviteurs du culte : la majorité des célébrations au Temple comportaient en effet des sacrifices d’animaux. Où Marie et Joseph, par exemple, se sont-ils procure les deux colombes de la Présentation? Peut-être au Temple lui-même. Et, pour tous les pèlerins arrivant, parfois, de très loin, à l’occasion des grandes fêtes, il était précieux de trouver sur l’esplanade du Temple des marchands d’animaux. Comment payer? Certainement pas avec la monnaie romaine qui avait cours en ville (occupation oblige), car les pièces ? frappées à l’effigie de l’empereur sont indignes de figurer dans la Demeure du Dieu unique !
Ce ne sont donc pas ces métiers bien utiles que Jésus critique, mais la façon dont le culte tout entier est pratiqué. Apparemment, Dieu n’est plus premier servi.

Quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent…

 C’est une évidence, peut-être, mais trop oubliée, sans doute, Les évangiles sont écrits dans la lumière de la Résurrection et de la Pentecôte : c’est à ce moment-là seulement que le mystère de Jésus s’est éclairé. Jusqu’au matin de Pâques, nombre de ses paroles et de ses gestes étaient incomprehensibles. Jean en donne quelques exemples dès le début de son évangile. A Nathanaël, pour commencer, Jésus a prédit :  » En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel y ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’Hornme  » (Jn 1, 51). Puis, aux noces de Cana, Jésus répond à sa mère:  » Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2,4).
Face à ce mystère, il y avait deux attitudes possibles : l’ouverture ou le scandale et le raidissement. Jean, ici, nous met en y garde : il y a des a priori qui empêchent Dieu de parler.

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