QUAND NOTRE COEUR DÉBORDE


Un jeune couple était venu présenter leur enfant pour le baptême célébré lors de l’Eucharistie du samedi soir. Après la célébration, ils m’ont pressé de bien vouloir venir dîner chez eux. J’ai accepté. Ils m’ont alors pré­venu que leur père ‑ ou beau‑père, c’est selon ‑, avait des idées un peu arrêtées sur l’Église, le Pape, la religion. J’avais été placé en face de cette per­sonne « un peu arrêtée » ! Et ce qui fut le plus gênant c’est qu’entre 21 h 00 et minuit, cette per­sonne n’a pas arrêté de parler. Et quelles paroles !

Tous les responsables de la société et tous les responsables de l’Église, depuis les prêtres jus­qu’au Pape, en passant par tel évêque et tel cardi­nal, recevaient une bordée de qualificatifs inju­rieux impubliables sous peine de censure immédiate ! Pourtant, il se voulait chrétien ! Qu’est‑ce donc qui avait pu se passer ?

LA PAROLE QUI RÉVÈLE

Écoutant de mon mieux et me frayant un che­min dans le déferlement de ses paroles, j’ai com­pris que cet homme avait vécu un drame dans les années 1944/1945. Il était encore adolescent. Toute la famille payait le prix fort pour les préférences idéologiques de leur père : fuite éperdue vers un pays étranger, un frère et une sueur morts d’épui­sement et de froid lors de cette fuite, sentiment d’être banni de partout et haï de tous…

Ses pensées, sa perception du monde et des hommes, sa conception de la foi, de la religion et de l’Église s’était arrêtée avant qu’il ne soit adulte. Tout le reste de sa vie n’était plus que haine et rancoeur contre tout et tous. Depuis ces années, le monde, les hommes, l’Église avaient continué à vivre et changé de visage : mais lui, était resté figé et se trouvait étranger à tout et tous. Sur eux, il vomissait sa haine.

Ce soir‑là, j’ai compris combien ce qui bouillonne dans le coeur d’une personne lui dicte sa parole… et combien, en sens inverse, la parole révèle le coeur de l’homme. Mais cet homme n’était pas responsable des événements qui l’ont si fort blessé.

LA PAROLE QUI NOUS RÉVÈLE A NOUS‑MÊMES…

Alors, si nous nous écoutions nous‑mêmes… Combien cela nous éclairerait sur nous‑mêmes, si, de temps en temps, le soir, nous faisions un examen des paroles que nous avons émises durant la journée : les paroles inutiles, les paroles où nous avons critiqué des personnes, des paroles qui ont pu blesser, des paroles grivoises qui ont scandalisé, des paroles trop abondantes qui ont empêché mon interlocuteur de s’exprimer… mais aussi les paroles bienveillantes et joyeuses qui ont réconforté. Repérer aussi de quoi je parle le plus.

Cet exercice, pénible certes, nous révélerait à nous‑mêmes, nous aiderait à mieux nous connaître et à repérer ce qui bouillonne en notre coeur. Ce faisant, nous prendrions au sérieux la dernière phrase de l’évangile de ce jour, où Jésus déclare

« Ce que dit la. bouche, c’est ce qui déborde du coeur ». Ainsi examinées, nos propres paroles nous révèleraient ce qui nous habite et cela nous permettrait de voir ce que nous avons à corriger. Qu’est‑ce que je mets dans mon coeur ?

Nous sommes ainsi amenés à nous poser cette simple question : spirituellement, intellectuellement, de quoi est‑ce que je me nourris ?

Mon coeur ne sera pas le même selon que je lis des revues satiriques et méprisantes ou des revues qui parlent de ce que des personnes réalisent de beau et de bon… selon que je pose un regard soupçonneux sur les personnes, ou un regard bienveillant… selon que je ne pense qu’à moi, ou que je me mets en présence de Dieu pour que son Esprit habite mon coeur.

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