LA MISÉRICORDE ET LA PAIX


Dans le récit de la passion comme dans tout son évangile, saint Luc a gardé le souci constant de nous montrer la miséricorde de Dieu, manifestée en Jésus‑Christ. C’est lui qui nous rapporte les paroles si émouvantes du crucifié: « Père pardonne‑leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » et aussi le bouleversant dialogue avec celui que la tradition a appelé le bon larron : « Vraiment, je te le déclare, aujourd’hui avec moi tu seras dans le Paradis. » Et nous frappe encore, en lisant ce récit, l’extraordi­naire paix qui, malgré l’agonie et la sueur de sang, malgré le procès infamant et les mauvais traite­ments, malgré l’atroce supplice de la croix, semble peu à peu submerger l’âme de Jésus. Tout se termine par un cri de confiance : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. »

La miséricorde et la paix… L’une va avec l’autre, la paix est le fruit de la miséricorde. Lorsque Jésus pardonnait au nom de son Père, il donnait la paix. Combien de fois ne nous rapporte‑t‑on pas son expression familière et qui cependant était bien loin d’une banalité : « Tes péchés sont remit va en paix. » En méditant le témoignage de Luc, on a l’impression qu’au moment de sa mort, plus que jamais, le Christ a été miséricorde et source de paix.

LA SUPRÊME COMPASSION

Je ne sais, frères et sueurs chrétiens, s’il vous est arrivé d’aider quelqu’un à mourir… Pour un prêtre, c’est un grand devoir, un grand honneur aussi, mais un devoir et un honneur redoutables car, souvent, il s’agit d’aider quelqu’un à passer de la peur à la confiance, de l’angoisse à l’espérance. Une telle tâche, la suprême compassion, n’est pas réservée aux prêtres, elle devrait être l’acte dernier, sinon le plus grand, de la charité fraternelle entre parents, entre amis. Et cependant comme souvent l’on est désem­paré devant un mourant!

C’est vrai : assister l’un de ses frères à l’heure de la mort paraît une mission au‑dessus des forces humaines, si l’on ne sait de foi vive, mais aussi d’expérience, que la force de Dieu vient sans cesse au secours de notre faiblesse. Quand on ose parler simplement de la miséricorde du Christ crucifié à un mourant, il s’endort dans la paix. Qu’en sera‑t‑il de nous ? Puissent nos derniers mots être ceux du Sei­gneur : « Père me voici entre tes mains, que ta volonté soit faite. »

REGARDER LE SEIGNEUR

Nous aurions tort de ne pas nous préparer de quelque façon à la rencontre de la mort. C’est dans l’écoute de la Parole du Christ et dans le silence de la prière que l’on peut non pas comprendre, mais assimiler le mystère de la Croix, un peu comme on assimile une nourriture. Saint Luc nous dit que le centurion, le chef du peloton d’exécution qui avait vu mourir Jésus, rendait gloire à Dieu en disant

« Sûrement cet homme, c’était un juste » ou selon saint Marc: « Cet homme était Fils de Dieu ». Il ne faut sans doute pas majorer le sens de ces mots dans la bouche d’un officier païen ; il reconnaissait seulement l’innocence de Jésus ; mais, pour l’é­vangéliste, ces paroles ont une autre portée : oui, la mort de Jésus a rendu gloire à Dieu. Luc dit aussi que ses amis se tenaient à peu de distance avec quelques femmes et qu’ils regardaient. Ils regardaient ! De même saint Jean invite à ce regard: « Ils contempleront, dit‑il, celui qu’ils ont transpercé. »

Contempler, regarder, méditer, prier devant la croix du Christ, telle est la condition pour, non pas comprendre, mais reconnaître avec son coeur, percevoir avec son âme, l’amour de Dieu dans le don du Crucifié, l’amour de Dieu sauvant toutes les détresses des hommes dans la détresse du Christ, l’amour de Dieu semant la miséricorde et la paix, l’amour de Dieu acceptant la mort pour faire triompher la vie.

Faire triompher la vie, oui, mais le corps glorieux du Ressuscité est apparu aux apôtres toujours marqué par les blessures de sa passion. Nous pouvons et nous devons être des vivants, c’est‑àdire des hommes et des femmes passionnés par la volonté de répandre autour de nous plus de justice et de bonheur. Nous savons que cela ne peut se faire qu’en acceptant le passage nécessaire par la Croix, en acceptant avec confiance ce que notre condition d’homme comporte inévitablement de tragique.

Jésus‑Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde, a écrit Pascal. Oui, partout où un homme agonise, le Christ agonise. Partout où un homme souffre, le Christ souffre. Partout où un homme attend la miséricorde et la paix, le Christ veut que nous soyons ses témoins. II ne faut pas dormir pendant ce temps‑là.

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