La foi de Joseph


« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse: l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint: elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus. » (v. 20 et 21)

« Voilà ce que c’est mon vieux Joseph, que d’avoir pris la plus jolie, parmi les filles de Galilée, celle qu’on appellait Marie », chantait Moustaki, il y a trente ans. Les puristes en exégèse fulminaient contre une interprétation psychologisante de l’évangile qui outrepassait les intentions de l’auteur.

N’empêche que… le pauvre Joseph, il n’a pas eu nécessairement la tâche facile. Un grand amour qui l’a conduit en plein mystère, bien au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer. Un grand amour qui lui a fait vivre une formidable épreuve de foi.

On est habitué de souligner la foi de Marie. Ce quatrième dimanche de l’Avent, d’ailleurs, est traditionnellement un dimanche qui dirige notre attention sur elle:

« Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfentera un fils, et on l’appellera Emmanüel, c’est-à-dire Dieu avec nous. » (Isaïe 7, 14).

C’est bien sûr, la bonne nouvelle par excellence, qui soutient l’espérance des chrétiens et chrétiennes. Mais, n’y a-t-il pas lieu de porter attention également à Joseph, qui, lui aussi, a une place dans le plan de salut de Dieu?

En effet, d’une part l’Ange du Seigneur rassure Joseph dans son combat intérieur. Il l’invite à entrer dans le mystère de l’initiative divine. C’est la première démarche de foi de Joseph. Il s’efface, lui, l’homme juste. Sans comprendre, il fait confiance à Dieu dans ce qui lui arrive.

D’autre part, tout ne s’arrête pas là. Joseph aurait bien pu adhérer au mystère et se retirer sans faire de vagues. Mais l’Ange lui confie un rôle qui engage non seulement sa relation avec Marie, mais aussi son avenir auprès de l’enfant. Au verset 21 de ce premier chapitre de Matthieu, il est précisé que c’est Joseph qui donnera à l’enfant le nom de Jésus: « Elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus. » Ce message du Seigneur lui confie donc une mission à laquelle, dans la même confiance et sans la moindre hésitation, Joseph acquiesce.

Dans cette annonciation faite à Joseph, il y a donc deux révélations: la conception de Marie, mais aussi la mission qui lui est confiée de prendre soin de la mère et de l’enfant. Lui aussi, Joseph, a un rôle à jouer dans l’Incarnation. Il devient un instrument important dans le plan de salut de Dieu. Il ne comprend pas, mais il soumet sa vie à Dieu. Quand il prend chez lui son épouse, il s’abandonne au plan de Dieu. C’est seulement dans la foi qu’on peut ainsi miser son avenir. « Comment cela se fera-t-il? », questionnait Marie. « Que va-t-il maintenant se passer? », a certes dit Joseph, après cette nuit où le mystère de Dieu l’amenait au plus total dépassement.

Toute démarche de foi comporte cet abandon bienfaisant. Après le temps de l’étonnement: « Mais qu’est-ce qui m’arrive? » vient le temps du doute et des remises en question: « Est-ce que cela a vraiment du sens? », pour parvenir à lâcher prise dans la confiance: « Qu’il soit fait selon ta volonté! »

C’est le cheminement, et de Marie et de Joseph dans le mystère de l’Incarnation. De l’étonnement à l’abandon en passant par le questionnement. C’est encore la voie proposée aux croyants et croyantes à l’occasion de Noël. Dans l’étonnement devant ce petit enfant Jésus de la crèche, dépasser les pourquoi et les « quoi-ça-change » pour découvrir la présence renouvelée de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. Pour reconnaître que Dieu vient au monde en 1998, pour discerner les signes de sa présence « renouvelante » en nos vies et autour de nous, ne faut-il pas un peu la foi de Joseph?

Ils ressemblent un peu à Joseph les hommes et les femmes de ce temps, qui puisent dans leur foi au mystère de Dieu parmi nous la volonté de changer des choses, d’améliorer les conditions de vie des leurs, de prendre position dans les questions souvent conflictuelles de justice sociale. À leur manière, ils jouent un rôle dans le mystère de l’Incarnation continué aujourd’hui.

Ne nous étonnons donc pas de reconnaître dans la crèche de 1998 des drôles de Joseph, sans barbe blanche et sans bâton de patriarche. Des « Joseph » en habits de travail, ou en pantalons de sport, en train de négocier une nouvelle convention collective ou de s’amuser avec la famille. Des « Joseph » bien ordinaires qui font confiance en l’avenir comme au présent, qui misent sur la personne humaine comme sur leur Dieu.

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