LE TEMOIGNAGE DU SILENCE.


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Voilà que, dans un raccourci étonnant, nous sont proposées deux attitudes fondamentales du chrétien. D’une part, l’attitude des bergers qui témoignent de Jésus et d’autre part l’attitude de Marie qui médite les événements auxquels elle est mêlée pour y découvrir la trace de Dieu. Souvent, dans la pratique courante, nous avons tendance à opposer ces deux attitudes. Nous souvenant même d’un autre passage de l’Evangile, nous opposons la contemplation de Marie à l’activité de Marthe. Il nous arrive parfois de regretter que tant de moines soient enfermés dans leurs couvents alors que bien des paroisses manquent de prêtres. Quand on parle à des chrétiens vraiment engagés, on a parfois l’impression qu’il leur est quasi impossible de comprendre la vie des contemplatifs. Mais, à l’inverse, quand on parle à des moines, on se demande parfois s’ils pourraient mener la vie trépidante qui est souvent celle des chrétiens et des prêtres de paroisse. Il y a comme une opposition entre ces deux genres de vie. Pourtant l’Evangile d’aujourd’hui nous invite à comprendre quel témoignage le silence aussi peut donner.

Faisant pendant au silence de Marie à la naissance de Jésus, il y a le silence de Jésus au moment de son jugement et de sa condamnation à mort. Les Juifs l’accusent mais lui se tait. Ces silences-là ne sont-ils pas d’abord signes de mystère? Si Marie se tait et contemple en silence, n’est-ce pas d’abord parce qu’elle pressent un mystère. Elle devine qu’il est en train de se passer quelque chose qui dépasse n’importe quel discours. Le mystère de Dieu qui se fait homme, qui devient, à part entière, un partenaire pour les hommes, ce n’est pas une chose facile à comprendre ni à dire. Marie essaie sans doute d’accueillir, d’accepter ce que Dieu donne, même s’il ne lui est pas facile de savoir vraiment de quoi il s’agit. Elle accepte le mystère de Dieu qui s’approche, de Dieu que l’on ne peut jamais connaître mais seulement admirer.

Au moment de la naissance de Jésus comme au moment de la mort de Jésus, ce silence nous avertit que quelque chose se passe que nous ne pouvons qu’accueillir. L’histoire nous a depuis appris que beaucoup de saints ont aussi été obligés de passer par cette épreuve du silence. Incapables de dire quoi que ce soit au sujet de ce Dieu qui les avait pourtant séduits, ils en arrivaient à n’avoir plus d’autre langage que celui de la présence et de la charité. N’est-ce pas aussi ce qui arrive dans les situations trop difficiles à gérer, dans les moments de grande douleur, il ne nous reste plus alors que le silence. Comme si la parole risquait de trahir la profondeur de ce que nous ressentons.

Peut-être sommes-nous en train de perdre un peu de ce sens du silence. On n’hésite pas à filmer la douleur d’une mère voyant son enfant mourir, on n’hésite pas à montrer les cadavres emportés par les flots au Rwanda, on n’hésite pas à enregistrer et à diffuser les pleurs de ceux qui sont victimes de catastrophes. A la limite, on se prendrait à regretter qu’il n’y ait pas eu là un reporter qui aurait enregistré en exclusivité les confidences de joseph d’Arimathie ou celles de Judas.

Le silence de Marie ne serait-il pas pour nous un appel à retrouver et à promouvoir un peu plus d’intériorité? Le silence de Marie ne pourrait-il être le rappel de la force d’un témoignage silencieux comme celui de Jésus dans sa passion? Le silence ne serait-il pas aussi adoration, reconnaissance de nos limites. La découverte mystérieuse de Celui dont on n’est jamais sûr demande beaucoup de modestie et d’humilité.Que l’Esprit-Saint façonne en nous une âme de silence, de contemplation, de respect de la personnalité de l’autre qu’on ne peut jamais tout à fait annexer. Puisse ce silence devenir aussi l’annonce et le signe de la paix. Que les armes se taisent et les rancoeurs aussi pour que naisse enfin, dans la semi-obscurité de l’aube, la paix timide et fragile comme celle des disciples au bord du lac après la résurrection de Jésus.

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