Terre de la Bonne Nouvelle


La lumière se lève en Galilée, « carrefour des païens », lieu de rencontres et de défis, « aux frontières ».

C’est d’ici que Jésus se retire, touché au cœur par l’assassinat de Jean Baptiste. Une urgence s’impose à lui : son heure, comme celle du Baptiste, viendra vite : il est temps d’annoncer la « Bonne Nouvelle ». Ce sera une prédication de plein vent, prête à s’envoler au souffle de l’Esprit. Lui est un Maître plein d’autorité qui « voit » Simon, André, Jacques, Jean et les appelle à le suivre…

La page est tournée, mais la parole demeure toujours nouvelle. La fidélité, pour l’Eglise, est d’accepter le défi de cette nouveauté, de demeurer une Eglise « de grand vent », elle aussi.

Alors, son message restera sans détour, comme celui que le Christ a fait retentir en Galilée, et touchera ceux qui ont un cœur simple.

Au cœur de l’humanité


Il n’y a plus de peuple élu, la lumière est pour tous ! C’est le sens de la prédication de Jésus dans le passage d’évangile aujourd’hui. Cette prédication commence par un voyage. Un aller-retour vers la Galilée, ponctué par les rencontres de Jean et du Démon en Judée. Au retour, Jésus décide de se fixer dans le lieu où il souhaite demeurer : la ville de Capharnaüm, au bord du lac de Galilée, où se rencontrent tant de cultures différentes.

Cet aller-retour aboutit à manifester le cœur de la volonté profonde du Seigneur : entrer en relation avec tous les hommes. En choisissant cette ville, Jésus, sans prononcer encore de mot, annonce ses intentions. Il s’établit au carrefour des païens dans le sombre pays de la mort. Il veut habiter au cœur de l’humanité dans toutes les dimensions de sa diversité. Une nouvelle image de Dieu est donnée à contempler, loin d’un Temple aux célébrations -compliquées.

Une fois fixé dans sa ville, Jésus parle. Il enseigne dans les synagogues et guérit tous azimuts dans le peuple. Jésus révèle Dieu, présent au milieu de l’humanité. Puis, il rassemble ceux vers qui il s’est d’abord approché ainsi, naturellement et selon sa logique, il appelle Pierre et André, deux frères, puis Jacques avec son frère Jean. La communauté est née. Capharnaüm, lieu source, image de l’Église qui prolonge ce que le Christ a entrepris. En pleine pâte humaine, depuis deux mille ans, la Parole continue d’être proclamée par l’Église pour illuminer les cœurs désemparés. Cette parole rapproche ceux qui l’entendent : ils forment l’Église que le Christ habite comme son lieu privilégié.

Unité dans la diversité


Le Christ est-il divisé ?

Incroyable ! Le prophète Isaïe ose écrire : «Le Seigneur a couvert de gloire la Galilée, carrefour des païens.» Une route importante traversait la plaine de Galilée et la population était très mélangée. Cette région a dans la Bible un sens symbolique précisément parce que les païens y étaient nombreux. Déjà au temps d’Isaïe, la présence de Dieu ne se limitait donc pas aux terres juives !

Pour nous aujourd’hui, la Galilée est un lieu symbolique, celui où se joue notre vie chrétienne, avec une population multiraciale, avec une imbrication des religions. Beaucoup nous disent que nous sommes ce peuple «qui marche dans les ténèbres». Mais avec jésus «s’est levée une grande lumière». Pas seulement pour nous, mais pour toutes les nations…

Cette lumière, cet Envoyé de Dieu, est joie. Il prodiguait l’allégresse en Galilée, comme le dit l’évangile selon saint N.1atthieu, «enseignant, guérissant, proclamant la Bonne Nouvelle».Jésus demeure notre joie: il nous dit le chemin de vie, il nous guérit de la peur, il proclame l’amour du Père des Cieux. Le sens de notre vie (sa signification et son orientation), c’est lui. Par lui, et lui seul, la mort est vaincue. L’Eglise est dépositaire, concessionnaire de la joie christique. Est‑ce bien cette Eglise dont nous sculptons le visage ?

Si le Christ est au centre de notre monde, c’est à lui que nous appartenons, et non pas à tel prédicateur (jésuite, dominicain, franciscain…), et non pas à tel curé (…souvent celui qui a précédé !). Dès les premiers temps du christianisme, l’apôtre Paul, dans sa 1~l, lettre aux Corinthiens, dénonce cette division entre disciples de jésus. II parle de «disputes». Aujourd’hui il nous serait difficile de faire le partage entre ce qui est différences, divergences, affrontements utiles, suspicions illégitimes, querelles vaines, oppositions sectaires… En ce temps de Prière pour l’Unité, nous savons bien que nous avons toute cette panoplie. Mais pour l’honneur du Christ et pour le rayonnement de son message, nous devons tout faire pour nous accepter différents et nous vouloir complémentaires. Même s’il faut bousculer nos habitudes ! Ne pas le dire, mais le faire !

Pourquoi les hommes religieux sont‑ils si facilement intolérants, comme en Irlande, en Israël, ici et là en Afrique ? Dans le passé, nous nous sommes excommuniés entre chrétiens, nous nous sommes entretués. La pensée et le comportement de jésus, c’est la paix. Pourquoi le comportement des religions, c’est la guerre Pour que s’accomplisse le désir d’unité du Christ, continuons à faire progresser le respect de tous. C’est à nous d’exaucer la prière de jésus !

Vers quelle Galilée irons-nous ?


Avec l’Évangile que nous propose la liturgie de ce jour, une page de l’Écriture se tourne : la lecture des évangiles de l’enfance de Jésus prend fin. Une page nouvelle commence à s’écrire. Jésus inaugure sa vie publique. La voix de Jean Baptiste s’est définitivement tue, et d’une certaine manière, quittant le silence de Nazareth, Jésus prend le relais. C’est la fin de l’ère des prophètes, et le début de la mission du Fils de Dieu. «Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche ! » Jésus ne quitte pas seulement le silence de Nazareth, il quitte Nazareth pour un ailleurs, et Capharnaüm devient sa ville, le point d’attache d’où il va rayonner dans toute la Galilée. Choisir la Galilée, ce « carrefour des païens », cette terre de pauvreté et de luttes incessantes, cette terre d’invasion dont le peuple qui marchait dans les ténèbres finit par voir se lever une lumière, c’est une manière de nous dire avec force, et encore aujourd’hui, que la Bonne Nouvelle est pour tous, pour tous les peuples et pour toutes les nations.

«Convertissez-vous ! » L’invitation est forte. Aussi forte et aussi puissante que l’appel entendu par les pécheurs sur les bords du lac. Encore aujourd’hui, se convertir c’est accepter de se laisser regarder par le Christ et oser se mettre en route avec lui. Vers quelle Galilée des temps modernes irons-nous pour, avec le Christ, être témoins par toute notre vie de la Bonne Nouvelle du Royaume.

Accomplissement


Jésus quitte Nazareth et vient habiter Capharnaüm. Il est facile de conclure que le récit de Matthieu fait état d’un simple déménagement. Mais, alors, pourquoi préciser qu’il s’agit des anciens territoires de Nephtali et de Zabulon ? À l’époque de Matthieu, tout le monde connaît Capharnaüm, village de pêcheurs au bord du lac de Tibériade près de la frontière de la Galilée et dans l’axe d’une route commerciale… En revanche, peu des gens font le lien entre la prophétie d’Isaïe et son accomplissement dans la personne de Jésus. Jésus est le Sauveur, la lumière qui s’est levée dans les ténèbres, qui a resplendi dans le pays de l’ombre. Jésus commence sa vie publique. La prophétie d’Isaïe pour le peuple qui marchait dans les ténèbres appartient au passé. Jean Baptiste a été arrêté et « à partir de ce moment », Jésus prend la relève : il se met à proclamer l’imminence du royaume de Dieu. À partir de ce moment, tout change pour Jésus, pour ses contemporains et pour l’histoire de l’humanité : Dieu se révèle Père ; le Fils est un homme au milieu de son peuple ; l’Esprit soutient la diffusion de la Bonne Nouvelle. Jésus appelle des disciples. Depuis le début, le Fils de Dieu ne reste pas seul pour assumer sa mission, il choisit des hommes et des femmes pour répandre l’Évangile avec lui. Ensemble, ils parcourent toute la Galilée enseignant dans les synagogues, proclamant la venue du Royaume et guérissant les malades. Ce sont des « pécheurs d’hommes ». Simon-Pierre, André, Jacques et Jean sont les compagnons de la première heure. Puissent nos prénoms continuer aujourd’hui la liste !

Lumière dans les ténèbres


 Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée.II quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm… Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean Baptiste… Jean vient d’être arrêté et emprisonné par Hérode. Les « Grands » de ce monde n’aiment pas ceux qui leur prêchent la morale ! C’est pour toi, Seigneur, le signe que ton Heure est arrivée. La « voix » qui annonçait ta venue ne parle plus; elle cède la place à la Parole, toi, Jésus. Tu vas poursuivre ce qu’il a commencé; tu reprends son message: Convertissez‑vous, car le Royaume des cieux est tout proche! II se retira en Galilée… et vint habiter à Capharnaüm…Mais si le message est le même, la méthode est bien différente. Jean s’était retiré au désert et attendait ceux qui venaient à lui. Toi, tu vas à la rencontre des foules, tu viens habiter à Capharnaüm; tu te plonges en plein milieu populaire et cosmopolite. Ainsi, dès le début, la dimension de ta mission est bien définie Tu es venu pour sauver tous les hommes. Juifs et païens se côtoient dans ce carrefour des nations qu’est la Galilée et surtout la cité où tu t’installes. Tu es la lumière des peuples, avait dit Siméon, à ta naissance. II faut que tu t’approches de ceux qui sont dans le pays de l’ombre. La Galilée, Capharnaüm… C’est le monde d’aujourd’hui, avec son mélange de races, de religions, avec ses rivalités, ses luttes, avec ses lumières et ses ombres… Le peuple qui habite les ténèbres a vu se lever une grande lumière… (Is 9) Mais en veut‑il de cette lumière? Est‑ce qu’il la voit? Et moi, est‑ce que je me laisse éclairer, guider par elle? Est‑ce que j’écoute ton appel à la conversion, à l’accueil de ton Royaume? Jésus dit: Venez derrière moi…Pour faire entendre à tous ton message, pour porter partout ta Lumière, tu demandes de l’aide. Simon, André, Jacques et jean ont répondu à ton appel. Fais‑nous partager leur générosité, leur disponibilité pour inviter les hommes de notre temps à venir à toi… Donne‑nous d’être, dans le monde d’aujourd’hui, les messagers de ta paix, les porteurs de ta Lumière et de ton amour pour tous.

Jésus passe aujourd’hui !


( Alain Donius)

Je m’imagine Jésus, marchant le long de la mer.

Observant les vagues qui partent et reviennent.

Écoutant leur bruit qui rythme l’espace.

Je m’imagine Jésus, s’arrêtant un instant,

pour souffler, pour prier, pour contempler…

pour jeter son regard curieux sur le sable.

Je m’imagine Jésus s’approcher des pêcheurs,

pour regarder leur travail, pour écouter leurs paroles,

pour s’intéresser à eux tout simplement…

Je m’imagine également la suite de cet échange

qui vient de naître et qui engendre une relation.

C’est le début d’une longue histoire d’amour !

Je m’imagine la tête des pêcheurs, surpris, étonnés,

que quelqu’un puisse s’adresser à eux.

Un inconnu qui semble parler un autre langage.

Je m’imagine cette grande complicité qui commence

à faire ses premiers pas sur le sable, puis sur le roc.

Cette réponse des pêcheurs qui deviendra fondation !

Je m’imagine Jésus passer aujourd’hui dans ma rue…

Venez à ma suite


La prière pour l’unité


  • Apparemment, il n’a pas fallu attendre longtemps avant que l’Eglise soit divisée !
  • C’est vrai qu’il y a quelque chose de profondément choquant dans les excommunications ou les tueries entre les chrétiens.
  • C’est pour cela qu’on invite tous les chrétiens à une semaine de prière pour l’unité, j’imagine.
  • Oui. Parce que la prière a une grande place à tenir dans l’œcuménisme. Par la prière en commun, catholiques, protestants, orthodoxes et anglicans montrent qu’ils demandent la grâce de cette unité. Mais cette prière commune est également, déjà, l’expression de l’unité réalisée dans le Christ.
  • Une semaine. Et après, on oublie.
  • Non. C’est en marchant qu’on prouve le mouvement. Et l’effort est constant entre les Eglises pour apprendre à mieux se connaître, à surmonter les préjugés tenaces, apurer les contentieux et faire ensemble ce qui est théologiquement et psychologiquement possible.
  • Il est évident en tout cas qu’il y a un lien entre l’unité des chrétiens et la crédibilité de l’annonce évangélique.
  • Et que c’est une base nécessaire aussi pour le dialogue interreligieux.

Pau et l’oecuménisme