Etat d’urgence !

« Vous n’aurez pas ma haine. Non, je ne ferai pas le cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait ce que vous êtes. » (Antoine Leiris)
Violence et haine contre paix, pardon et amour ? Quel choix allons-nous faire ? 
Laisser germer et croître ces graines de violence qui se traduisent par tant de paroles, de gestes,  destructeurs de l’autre parce qu’il est différent, parce qu’il ne pense pas comme moi ? 
Ou bien accepter de prendre en compte l’autre tel qu’il est et non pas tel que nous voudrions qu’il soit, considérer celui qui est différent comme notre semblable ? 
Et si nous construisions un « vivre ensemble » en adoptant les clés, les sésames qui ouvriront la porte à l’amour pour dominer la haine. 

A l’image d’Abraham, « quittons notre pays », nos points de repère habituels, notre « trop connu », pour aller vers l’autre. Vainquons la peur que nous avons devant toute réalité inconnue, qui ne nous est pas familière.
« La peur est vaincue quand elle n’a plus de visage à prendre, quand on s’efforce de jeter un regard de paix sur tout être, même le plus apparemment hostile. Etre chenille et aimer en tous ses frères le papillon en devenir et cela sans frontières ni dans l’espace, ni dans le temps. » (Christian de Chergé)

Accueillons la différence.
« Là où règne l’identique, la dictature, la violence et le chaos ne sont jamais loin. » (Gabriel Ringlet)

Si l’autre devient mon frère, cherchons à mieux le connaître, le comprendre.
« Tu étais loin, j’ai ajusté mon fusil, j’allais tirer. Tu t’es approché, tu étais là, tu m’as tendu la main. J’ai su que tu étais mon frère. » (Proverbe touareg)

Oui, « donnons au monde un nouveau signe d’harmonie, une mosaïque de visages si divers, de toutes les races, langues, peuples et cultures mais unis dans le nom de Jésus qui est le visage de la Miséricorde. » (Le pape François)

N’est-il pas là le véritable état d’urgence : oser opposer la force de la paix et de l’amour à la violence, l’aveuglement moral et la haine. Et il n’est pas limité dans le temps cet état d’urgence !

Yvon Garel

« La meilleure part »

  • C’est quand même un peu facile d’être assise comme Marie, plutôt que de travaille comme Marthe… Qu’est-ce que Jésus encourage ainsi ?
  • A ton avis ?
  • Il doit trouver que Marthe en fait trop. Je ne sais pas, moi ! Peut-être qu’il pense qu’un seul plat suffit. Il est frugal !
  • C’est comme cela que tu comprends «  une seule chose est nécessaire » !
  • D’accord, je chercher une autre explication. Si on reçoit quelqu’un, c’est pour établir une relation avec lui.
  • Et donc ?
  • Donc, recevoir n’est  pas une fin, mais un moyen.
  • Exact. Un bon repas sans échange profond est décevant ! Marthe confond les moyens et les fins.
  • L’important, c’est la Parole de Jésus.
  • Je dirai plutôt, c’est d’écouter la parole de Jésus. L’important, c’est la relation qui s’établit dans le face à face entre Marie et Jésus.
  • Je suis d’accord. En somme, ce que veut Jésus, c’est que nous ne soyons pas matérialistes.
  • Oui. Que nous apprenions à unifier notre action ; à nous recentrer sur l’essentiel ; À nous activer sans faire de l’activisme.
  • Et nous aurons tous la « meilleur part » !

A la recherche de la paix

Il était une fois une petite ville dont les habitants arboraient toute l’année un visage triste et morose.
Malheureux de voir une telle ambiance régner dans sa ville, le maire fit une proclamation publique :
– Y aurait-il parmi vous un volontaire pour aller chercher la paix ? Je crois que la paix serait la solution à tous nos problèmes !
Un vieux jardinier accepta de partir. Il n’avait pas de plan de route ; pas de destination précise.
Il avait juste dans son bagage ce projet un peu fou… de ramener la paix de son mystérieux voyage.
De longues semaines passèrent, et personne n’avait de ses nouvelles.
Le vieux ne revenait pas et les mauvaises herbes envahissaient son jardin.
Ce spectacle désolait sa vieille voisine. Les fruits et les légumes du printemps allaient être complètement perdus si personne ne prenait soin de cette terre tant aimée et soignée d’ordinaire par le jardinier.
Elle finit par s’armer d’une bêche et se mit au travail pour entretenir le jardin abandonné.
D’autres voisines la regardaient par leurs fenêtres. Elles dirent à leurs grands gaillards de fils :
– Vous n’avez pas honte de rester plantés là devant la télévision pendant que cette vieille dame est penchée sur sa bêche ?
– Personne ne l’y a forcée, marmonnèrent-ils. 
Mais ils étaient bons, au fond d’eux… et ils finirent par la rejoindre.
L’été arriva… le jardinier n’était toujours pas de retour.
Mais son jardin fleurissait et il y avait fort à faire… les arbres croulaient sous le poids des fruits.
D’autres bonnes volontés se proposèrent, et tous ces camarades de travail, se lièrent d’amitié et le jardin devint un petit bijou et une vraie source de bonne humeur et de joie.
On apportait chaque jour d’énormes bouquets de fleurs aux malades des hôpitaux ; on organisa même une grande fête pour déguster ensemble les délicieux fruits et légumes !
C’est au cours de cette fête que le vieux jardinier revint. Il fut accueilli par des ovations.
Un grand silence se fit quand il posa son sac sur le sol.
Tout le monde guettait cette paix promise sûrement cachée dans ce sac.
Et le jardinier prit la parole :
– Je n’ai pas ramené la paix, dit-il. Il parait qu’elle m’a précédé ici.

Charles Delhez

Il y avait deux soeurs…

II y avait deux soeurs. L’une s’appelait Marie, l’autre s’appelait Marthe. Elles accueillaient Jésus. Marie restait là, assise, à l’écouter, à boire ses paroles, tandis que sa sueur Marthe s’affairait au service. Et elle s’en plaignait même. Et le Seigneur lui dit de cesser de l’agiter, ajoutant que Marie avait choisi la meilleure part. Bien souvent, dans l’Eglise, on allait se saisir de ce genre de réponse pour freiner ceux et celles qui se dévouent, s’engagent dans les luttes pour la paix, la justice, les droits de l’homme. Qu’ils s’occupent donc de Dieu, et des âmes, et du ciel.

Mais Marthe s’affairait. Et Marthe se plaignait, attirant l’attention sur tout ce qu’elle faisait. Et c’est cela que Jésus voulait lui reprocher. Ce besoin de montrer le travail que l’on fait. Ce besoin de montrer tout ce que l’Eglise a fait tout au long de l’histoire. Et tout ce qu’elle fait encore. Son rôle irremplaçable. Ses conseils et ses lois, son exemple, sa morale, ses oeuvres et ses bienfaits, sa défense de la vie, et ses services sociaux. Son courage, ses vertus. Et tout ce qu’on lui doit. Et pendant ce temps-là, c’est elle que l’on regarde. Jésus, que devient-il ?

Etre Marthe et Marie, voilà ce qu’il nous faudrait. Recevoir ce Jésus qui pénètre chez nous. L’entendre, l’écouter, car c’est lui qu’on accueille. Et tout en préparant la table et le repas. C’est lui qui est au centre, devant lui on s’efface. A travers lui aussi, c’est l’homme, c’est la femme que l’on voit, que l’on aime, et pour qui on s’engage. Et tant pis si personne ne sait que c’est notre oeuvre. Tant mieux aussi si d’autres, qui ne croient pas comme nous, en font autant, ou mieux. Ce n’est pas nous qui comptons. C’est l’homme, c’est la femme, ce Jésus qu’on accueille.

Prière de l’automobiliste (2)

Seigneur,
Toi qui es toujours présent sur la route de chacun,
Toi dont l’amour féconde nos gestes quotidiens,
Tourne vers moi Ton Visage,
Sois mon fidèle compagnon tout au long de mes voyages.
Accorde-moi de bien user de ma liberté
et de garder le sens de mes responsabilités.
Donne-moi, même si parfois cela me coûte,
d’observer scrupuleusement le code de la route,
par respect pour la vie que Tu m’as donnée
et pour celle de mes frères qui est sacrée.
Que je ne fasse jamais de ma voiture
un char d’assaut ou une imbécile armure,
pour me vanter de quelque performance
ou assouvir mon instinct de puissance.
Qu’elle soit un simple outil au service de mon travail
et pour le plaisir de mes loisirs.
Accorde-moi, comme le Bon Samaritain,
de savoir porter secours à celui qui en a besoin
et de faire un détour pour aider mon voisin.
Accorde-moi l’humour et la patience dans les encombrements
et, dans un beau paysage, la grâce de l’émerveillement,
l’humilité pour accepter mes propres limites
et la sobriété quand quelqu’un m’invite.
Rappelle-toi que je ne suis qu’un pauvre voyageur
qui roule vers Ton ultime rendez-vous mais ne doit pas,
de lui-même, en devancer l’heure.

Michel Hubaut

Au-delà des barrières de la Loi

Dieu a donné la Loi au peuple élu pour sa libération intérieure.


CAR CETTE LOI QUE JE TE PRESCRIS aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte »…Voilà une affirmation du Livre du Deutéronome qui doit nous porter à la confiance dans toutes démarches, en particulier pour celles qui auront peut-être besoin de notre soutien. Tout ou presque doit nous être possible : nous sommes en capacité de porter les événements de la vie et d’agir, parce que Dieu lui-même nous en a donné la force et l’audace. Les vacances de l’été sont sans doute une bonne occasion pour méditer ces lectures et se demander comment être ajusté à la volonté du Seigneur dans les mois à venir. En effet, Dieu a donné la Loi au peuple élu pour sa libération intérieure et non pour l’asservir… Loi qui est d’abord l’écoute du coeur, là où le Seigneur vient nous parler. C’est ainsi que nous arrivons à mettre en pratique la Parole, sa Parole. Et nous comprenons bien cette réalité à la lecture de l’évangile de ce dimanche : l’homme qui interroge Jésus connaît fort bien l’Écriture et sans doute en vit-il scrupuleusement. Mais il semble lui manquer l’essentiel : la compréhension profonde de celle-ci. Pour cette raison, il ne voit pas comment poser des actes en cohérence avec sa foi. Jésus ne se laisse pas piéger et, à l’aide d’une parabole, il conduit ce docteur de la Loi à regarder plus loin pour aller puiser au concret de sa vie. Il raconte l’histoire de ce Samaritain qui dépasse les barrières de la Loi pour soigner l’homme blessé sur sa route. « Va, et toi aussi fais de même » conclut Jésus. C’est ainsi que chacun de nous est renvoyé à la cohérence de ses actions. Nous sommes sûrs que Dieu nous porte.

Le mortier de l’amour

Toi, qui au détour d’un voyage
Viens à passer dans nos pays, dans nos régions,
Toi qui admires la beauté de nos maisons,
Toi dont le regard est rempli de la couleur chaude de la pierre.
As-tu pensé à celui qui, du matin au soir,
Sous le soleil brûlant de l’été, ou dans le froid glacial de l’hiver,
A posé ces pierres les unes après les autres, donnant à chacune sa place ?
As-tu pensé à celui qui a taillé les angles, la clef de voûte,
Quand la passion et l’amour se confondaient
Au savoir-faire, à la précision du coup de taillant bien dosé ?
Prendre ces pierres dans la main, les tourner, les retourner
Qu’à la force les doigts y laissent un peu de leur peau,
Deviennent rouges et craquellent…
Ici, il n’y a pas de miracles.
Ces pierres-là, avant qu’elles deviennent
Du bon pain sur la table familiale, il en faut des heures de travail…
Pierre d’ici et pierre d’ailleurs,
De la Bretagne à l’Italie, du Nord et du Midi,
De l’Allemagne au Portugal… à chacune son enracinement.
Pierre jaune, blanche, rouge, noire… à chacune sa couleur.
Pierre tendre, dure, tranchante, facile à tailler… à chacune son caractère.
Comme la pierre dans les mains du maçon
Laisse-toi regarder par les yeux amoureux du Père,
Rends-toi disponible dans les mains laborieuses du Fils,
Laisse-toi façonner par le savoir-faire, l’expérience de l’Esprit.
Prends appui sur la Pierre Angulaire qui s’appelle Jésus-Christ.
Oh oui ! Cette pierre-là, surtout ne la jette pas avec les gravats.
Elle est précieuse cette pierre, solide, bonne à bâtir,
Promise depuis longtemps, très longtemps, venues de très loin,
Extraite du cœur même d’un peuple, façonnée par des vies d’hommes,
De femmes, de croyants, de prophètes….
Cette pierre, elle a pris toutes les couleurs du monde
En jaillissant hors du tombeau au matin de Pâques…
Alors, quel que soit ton lieu d’origine,
Quelle que soit la couleur de ta peau,
Quels que soient tes qualités et tes défauts….
Tu as ta place parmi les hommes et, relié à eux par le mortier de l’amour,
De la solidarité, tu peux construire un monde beau, solide.
Alors je ne te dis pas l’allure qu’il peut avoir ce monde….

Un prêtre ouvrier

Chemin pour un devenir

DANS TOUTE VIE, il y a des moments où l’on éprouve le besoinde s’arrêteret de se poser. Un événement, une rencontre, parfois même la maladie ou un acci­dent, sont souvent à l’origine d’une telle pause, d’untemps de relecture. S’arrêter pour relire sa vie et permettre à l’avenir de s’envisager, sans pour autant tourner la page du passé au risque de l’effacer ou de l’oublier, peut être un véritable chemin de réconci­liation avec soi-même et avec Dieu. « D’où je viens ! » et « où je vais » sontalors des questions qui prennent sou­dainune importance capitale et dont on ne peut faire l’économie. Dans l’évangile de ce jour, un docteur de la Loi cherche à mettre Jésus à l’épreuve. « Que dois-je faire pour avoir la vie. Eternelle !‘ » Une telle question, grâce à la réponse de Jésus, peut nous aider à faire une relecture de notre vie. « Que dois-je faire ? » Jésus invite à relire la Loi, l’Ecriture ! La parabole du bon Samaritain nous révèle combien la Loi et l’Ecriture ne sont pas d’abord expression d’un « faire » pour l’homme, mais bien chemin pour un devenir. L’ob­servance rigoureuse de la Loi rend aveugles et sourds le prêtre et le lévite. Ilspassent à côté de l’homme blessé et poursuivent leur route. Relire nos vies au feu de l’Ecriture nous invite à une vraie conversion personnelle, au risque de découvrir qu’ilne s’agit pas tant de « faire » que d’« être », et que notre pro­chain n’est autre que celui dont on se rend proche.

Christ, mon prochain

À la question : « Qui est mon prochain ? », Jésus donne une réponse déroutante. Il commence par inverser la question : « Lequel des trois a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits ? » C’est le Samaritain qui est le prochain de cet homme. Et comme nous comprenons que le Samaritain est une figure du Christ lui-même, nous entendons : Jésus Christ est mon prochain. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » devient donc : « Tu aimeras Jésus Christ comme toi-même. » Mais comment aimer Jésus ? En aimant l’Église, dont il fait son corps, et en aimant les plus petits d’entre ses frères (cf. Mt 25, 31-46). Ainsi, l’amour donné à autrui est-il médiatisé par la présence de Jésus le Christ. Il est mon prochain qui m’a soigné, chargé sur sa monture, conduit à l’auberge de l’Église, confié à l’aubergiste. C’est un amour de reconnaissance que je lui rends, une action de grâce. Et je le lui exprime en le donnant à mon tour à l’auberge, à l’aubergiste et à ceux que je rencontre et qui ont besoin de ma compassion. Mon corps est celui que le Christ assume pour servir mes frères par moi. Leur corps est aussi celui que le Christ assume pour que je puisse servir mes frères en lui. Et ce corps du Christ m’est livré dans l’Eucharistie. Là, le mot du Deutéronome prend une force inouïe : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14). En effet, la parole faite chair dans l’Eucharistie est mise dans ma bouche pour que je la mange, dans mon cœur pour qu’elle y habite, afin que j’aime comme Jésus nous a aimés.

Prière de l’automobiliste (1)

Seigneur,
Accordez-moi une main ferme et un œil vigilant,
pour que je ne blesse personne lorsque je passe.
Seigneur,
Vous nous avez donné la vie, je vous prie qu’aucun
acte de ma part ne vienne ôter ou gâter ce don qui
vient de vous.
Seigneur,
Protégez ceux qui m’accompagnent, de tous les
maux, du feu et de toutes calamités.
Seigneur,
Apprenez-moi à me servir de ma voiture pour mes
besoins, sans négliger ceux des autres et à ne pas
mépriser, dans l’amour de la vitesse, la beauté du
monde que vous avez crée, afin qu’ainsi je puisse
avec joie et courtoisie, suivre mon chemin.
Ainsi soit-il

Anonyme