Préférer

Nous le savons bien, Jésus ne l’a jamais caché : le suivre est la voie du bonheur, mais c’est un chemin difficile ! Les exigences sont rudes, nettes, il s’agit de « tout quitter », de « porter sa croix », de « ne pas regarder en arrière »…  Ces expressions ont d’ailleurs trop longtemps été mises en avant par l’Eglise elle-même, au risque d’occulter le message chrétien premier qui n’est autre que le bonheur et la joie !

Aujourd’hui, voilà que Jésus parle de préférence.

Préparer, c’est aimer plus, aimer mieux. Et donc, cela ne signifie pas que l’autre n’est pas aimé !

Chacun doit aimer « son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, sa propre vie, mais il doit leur préférer le Christ. Autrement dit, en cas de difficulté à concilier, par exemple, un certain amour familial et notre amour pour le Christ (à travers des choix de vie, des options à prendre), il faut préférer le Christ si nous prétendons être son « disciple ».

Occasion de faire un peu le point, cette semaine, sur nos sentiments, notre attachement au Christ et la manière dont il se traduit concrètement dans notre vie…

Les deux frères

Deux frères cultivaient ensemble un lopin de terre et s’en partageaient la récolte. Un soir, qu’ils venaient chacun d’engranger leur part, l’un des frères se réveilla et dit :
– Mon frère est marié et il a deux enfants. Cela lui cause des soucis eet des dépenses qui me sont épargnés. Il a donc plus besoin de ce grain que moi. Je m’en vais lui porter quelques sacs en cachette. Car je sais bien que si je lui proposais, il refuserait.
Il se leva, porta quelques sacs dans la grange de son frère et retourna se coucher. Mais l’autre frère se réveilla peu après et se dit :
– Il n’est pas juste que j’ai la moitié du blé de notre champ. Mon frère ne connaît pas les joies de la vie de famille. Il a besoin de sortir et de se divertir, autant de choses qui coûtent cher. Je vais donc lui porter une partie de mon blé.
Et il se leva pour transporter quelques sacs de blé dans la grange voisine.
Le lendemain matin, chacun des frères fut stupéfait, car, dans sa réserve, il y avait la même quantité de sacs de grains que la veille.
Tous les ans, au moment de la récolte, ils recommençaient.
Et jamais ils ne purent comprendre par quel sortilège leur nombre de sacs était toujours identique.

Michel Piquemal (Les philo-fables, Ed. Albin Michel, 2008)

Le batisseur de ponts

Voici l’histoire de deux frères qui s’aimaient beaucoup et vivaient en parfaite harmonie dans leur ferme jusqu’au jour où un conflit éclata entre eux.
Les deux frères vivaient du travail de leurs champs. Ils cultivaient ensemble et récoltaient ensemble. Ils avaient tout en commun. Tout commença par un malheureux malentendu entre eux. Mais peu à peu, le fossé se creusa jusqu’au jour où il y eut une vive discussion puis un silence douloureux qui dura plusieurs semaines.
Un jour quelqu’un frappa à la porte du frère aîné. C’était un homme à tout faire qui cherchait du travail. Quelques réparations à faire… 
– Oui, lui répondit-il, j’ai du travail pour toi. Tu vois, de l’autre côté du ruisseau vit mon frère cadet. Il y a quelques semaines, il m’a offensé gravement et nos rapports se sont brisés. Je vais lui montrer que je peux aussi me venger. Tu vois ces pierres à côté de ma maison ? Je voudrais que tu en construises un mur de deux mètres de haut, car je ne veux plus le voir.
L’homme répondit : 
– Je crois que je comprends la situation.
L’homme aida son visiteur à réunir tout le matériel de travail puis il partit en voyage le laissant seul pendant toute une semaine.
Quelques jours plus tard, lorsqu’il revint de la ville, l’homme à tout faire avait déjà terminé son travail. Mais quelle surprise ! Au lieu d’un mur de deux mètres de haut, il y avait un pont. Précisément à ce moment, le frère cadet sortit de sa maison et courut vers son aîné en s’exclamant : 
– Tu es vraiment formidable ! Construire un pont alors que nous étions si fâchés ! Je suis fier de toi !
Pendant que les deux frères fêtaient leur réconciliation, l’homme à tout faire ramassa ses outils pour partir. 
– Non, attends ! lui dirent-ils. Il y a ici du travail pour toi.
Mais il répondit : 
Je voudrais bien rester, mais j’ai encore d’autres ponts à construire…

Anonyme

Préférer le Christ

L’Evangile de ce jour a de quoi surprendre. Choisir d’être disciple de Jésus demande un choix radical qui ne laisse aucune alternative. Je ne pense pas, cependant, que le pro­pos de Jésus vise d’abord à nous séparer de nos familles. Ce qui importe sans doute pour Jésus, c’est de nous pousser à quitter l’espace clos des relations obligées, trop étroites ou trop étriquées, et de prendre le large pour des horizons plus vastes. Préférer le Christ à son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, c’est se rendre capable de les aimer autrement, de les aimer d’un amourgratuitet désencombré des marques de possessions ou d’égoïsmes qui gouvernent hélas bien trop sou­vent nos relations. 

Préférer le Christ, c’est choisir un chemin dont nous ne savons jamais très bien où il conduit, mais dont nous savons, par contre, qu’ilne sera pas toujours facile,car bordé de croix qu’ilnous faudra porter. 

Préférer le Christ relève d’un choix qui ne peut se poser que dans la liberté, animé par la volonté d’être disciple du Christ, C’est répondre à un appel qui se ditbien souvent avec une force et une violence qui ne laissent aucun répit à la non-réponse. Il y a toujours urgence à répondre à l’ap­pel de l’Évangile. Laisser faire le temps ne peut qu’éroder ou user l’homme, ses aspirations, ses passions, sa voca­tion. 

Il nous faut préparer des départs, il nous faut risquer des départs! L’essentiel est que chacun prenne en àquoi il est appelé. Mais pour cela il faut poser des fondations. Préférer le Christ, c’est l’intégrer comme pierre angulaire de ces fondations.

« Les premiers chrétiens face à l’esclavage »

  • Pourquoi, les chrétiens, comme Saint Paul, ont-ils accepté l’esclavage ? Cela ne vous gène pas ?
  • Je crois qu’ils ont découvert une fraternité qui dépassait les classes sociales. Leur premier objectif n’était pas de changer la société. Et puis, ils attendaient le retour imminent du Seigneur. Dès lors, la question de changer le monde ne se posait pas.
  • Cela se peut, je vois bien d’ailleurs que Paul appelait à traiter un esclave comme un frère, sans discrimination. Mais plus tard, comment les pays marqués par le christianisme ont-ils pu ne pas s’interroger plus vite et plus radicalement sur l’esclavage ? Le christianisme a bien mission de changer le monde, non ?
  • Changer le monde ? S’il s’agit de changer de système économique ou politique, ce n’est pas vraiment le but de Jésus. C’est le cœur de l’homme qu’il faut changer.
  • Mais quand il y a mépris de la dignité humaine, comme dans le cas de l’esclavage, les chrétiens devraient se battre…
  • C’est vrai. Au début, peut-être avaient-ils à bâtir l’Eglise en priorité… En vivant en frères, ils s’opposaient au principe de l’esclavage, à la base.
  • Les esclaves ont dû le ressentir, puisqu’ils se faisaient baptiser.
  • Oui, la foi en la tendresse de Dieu était pour eux une vraie libération, définitive !

Dans le cœur de chaque homme

Dans le cœur de chaque homme et de chaque femme
habite le désir d’une vie pleine,
à laquelle appartient une soif irrépressible de fraternité,
qui pousse vers la communion avec les autres,
en qui nous ne trouvons pas des ennemis ou des concurrents,
mais des frères à accueillir et à embrasser.

En effet, la fraternité est une dimension essentielle
de l’homme, qui est un être relationnel.
La vive conscience d’être en relation
nous amène à voir et à traiter chaque personne
comme une vraie sœur et un vrai frère ;
sans cela, la construction d’une société juste,
d’une paix solide et durable devient impossible.

Et il faut immédiatement rappeler que la fraternité
commence habituellement à s’apprendre au sein de la famille,
surtout grâce aux rôles responsables et complémentaires
de tous ses membres, en particulier du père et de la mère.
La famille est la source de toute fraternité,
et par conséquent elle est aussi le fondement
et la première route de la paix, puisque par vocation,
elle devrait gagner le monde par son amour.

Georges Bergoglio (Le pape François)

Merci

Merci, Seigneur

Pour les semaines d’été,
Pour les découvertes et les rencontres,
Pour la beauté contemplée,
Pour le silence et l’amitié,
Pour l’amour renouvelé et le repos !
Merci pour ce trésor :
je le garde dans mon corps et dans mon cœur.

Maintenant,
c’est la rentrée dans le temps ordinaire.

Mais je ne retournerai pas
à mes pratiques du passé,
je ne rentrerai pas
dans mes habitudes.
Je vais entrer en lutte,
Je vais entrer en amour,
je vais entrer en douceur,
je vais entrer en miséricorde et en sourire,
je vais entrer en clarté,
je vais entrer en courage,
je vais entrer en Evangile encore une fois !

C’est ma rentrée :
Viens avec moi, Seigneur !

Charles Singer (Prier, sept 2009, p. 16)