Une partie de cartes


 
Un de mes camarades boitait. Jamais il n’en avait parlé à Sophios, mais celui-ci sentait bien que ce handicap le rongeait. Le jeune homme le vivait comme une terrible calamité qui l’empêcherait à tout jamais d’être heureux. Aussi, un jour, Sophios l’invita à faire une partie de cartes. L’élève fut un peu surpris, mais fier que Sophios s’intéresse à lui. Tout l’après-midi, ils distribuèrent, jouèrent, abattirent leurs cartes et le jeune homme s’y révéla acharné.
À la fin du jour, alors que le jeune homme venait de gagner une partie avec un jeu pourtant médiocre, Sophios lui parla ainsi :
« Vois-tu, le sort nous distribue à la naissance un certain nombre de cartes. Ensuite, c’est à nous de jouer. On peut réussir une belle partie avec des cartes pas fameuses, comme faire une partie médiocre avec tous les atouts dans son jeu. C’est pour cela que la vie vaut d’être vécue, peut-être même plus encore quand on a entre ses mains un jeu qu’il nous appartient de faire briller. »
On prétend que le jeune homme comprit le sens de cette allégorie !

Michel Piquemal

Prière pour les vocations

Seigneur notre Dieu, toi qui dans ton Fils, le Verbe fait chair, 

as manifesté ta gloire dans le monde, donne aux baptisés

de découvrir dans leur vie les signes de ta présence.

Eveille dans le coeur de nombreux jeunes

le désir de te consacrer leur vie 

pour annoncer la Bonne Nouvelle de ton Amour

comme prêtres et diacres, moines et moniales

religieux et religieuses, missionnaires et laïcs consacrés.

Alors, dans ce monde appelé à te connaître 

et à te reconnaître en tout visage humain,

nous verrons ta gloire, celle de ton Fils bien-aimé,

plein de grâce et de vérité. Amen!

Cri de pauvre : Le handicapé

Le handicapé souffre, autant moralement que dans sa chair.
La société l’enferme dans son corps,
Comme elle enferme le Noir ou le Jaune dans sa couleur.

Les incivilités commises contre les handicapés sont légion.
On voit juste qu’ils n’ont plus d’appuis sur leurs pieds, point barre !

Les voitures des bien-portants se garent à leur place ;
Leurs toilettes réservées sont toujours occupées, etc.

Personne ne semble imaginer combien leur vie quotidienne peut être compliquée.
La société crée le handicapé,
Comme le raciste crée le Noir ou le Juif.

Le handicapé est tout simplement un homme,
Une femme, un enfant, comme toi.

Ce qui le meurtrit, c’est surtout l’indifférence.
Comme s’il était contagieux…
Terrible sentiment de solitude !

Quand on reproche à un jeune son handicap,
On ne le regarde pas, on le juge.
Apprenez à le regarder
avec les yeux de l’émerveillement ! 

Guy Gilbert

Serons-nous au rendez-vous ?

La liturgie grandiose décrite par Jean, pour la fin des temps, au Livre de l’Apocalypse, est impressionnante ! Heureux sont-ils, ces élus rassemblés autour du Trône et chantant la gloire de Dieu ! Ils sont nombreux, innombrables même, et cependant ils sont ceux qui ont traversé la grande épreuve. En quelque sorte, ils ont suivi le Christ dans a Pâques… En serons-nous donc, nous aussi ?

Ne pensons pas que ces descriptions nous sont étrangères car, justement, elles nous concernent. Toute la dynamique du Carême, du Triduum pascal puis du temps pascal est une invitation à suivre le Christ, dans sa Passion et sa mission. Cette suite ne trouvera son aboutissement, son plein accomplissement, que dans la fête éternelle de la Jérusalem nouvelle.Au cours de cette semaine, il serait intéressant de vivre en famille ou en petite équipe un petit partage de la Parole autour de ce thème (2é lecture : Ap 7,9-17 ; ou autre texte) : qu’est-ce que, pour moi, la « vie éternelle » ? Comment comprendre ce rassemblement final de l’humanité réconciliée autour de l’Agneau vainqueur ? En faisons-nous un pue l’expérience à travers la liturgie ? Cela peut-il influer sur notre manière de vivre au quotidien ?

L’art d’aider vraiment

Dans la cour de récréation, un enfant handicapé,
se déplaçant avec des béquilles, fait une chute.
Les autres enfants s’écartent, laissant s’approcher l’instituteur.
Celui-ci lui dit :
« Allez, relève-toi, ce n’est pas grave
– Mais tu vois bien que je ne peux pas…
– Je suis sûr que tu peux le faire ! »

L’enfant commence par se mettre en colère,
puis lentement, en maugréant, commence à se relever.
Au bout de quelques minutes, en sueur, il est debout.
« Tu vois bien que tu pouvais le faire, reprend doucement l’instituteur.
– Oui, mais ce n’est pas grâce à toi, répond l’enfant d’un ton rageur. »

Puis il réfléchit un moment et,
alors que l’enseignant retourne vers sa classe,
il reprend à voix basse :
« Si, en fait, tu m’as bien aidé ! »

Philippe Perdrix

Si vous pratiquez, dans les petites choses de la vie comme dans les grandes affaires, la présomption d’innocence

Christine a deux frères plus âgés qu’elle. Comme tous les jeunes garçons, ils sont assez brusques et cassent souvent leurs jouets.

Un jour, ils cassent une très jolie boîte à laquelle leur mère tient beaucoup. Très ennuyé, car ils sont sûrs de se faire punir et, ayant constaté que leur mère était un peu moins sévère avec leur sœur, il leur vient une idée « géniale » : Tu vas dire que c’est toi qui l’as cassée. Comme toi tu ne te feras pas punir, on y gagne tous les trois. Sinon gare à toi !

Terrorisée, Christine obtempère et avoue la maladresse. Un peu surprise, la mère questionne à plusieurs reprises sa fille qui se sent de plus en plus gênée. Heureusement, elle ne vend pas la mèche !

Cependant un puissant malaise s’empare d’elle et elle garde un souvenir pénible de s’être sentie accusée de quelque chose dont elle est innocente.

Chaque fois que quelqu’un sera accusé devant elle, elle y repensera. Elle ne manquera pas une occasion de vérifier les accusations que l’on porte sur les autres et elle cherchera toujours à éviter les accusations sans preuves. Elle sera particulièrement attentive à éviter de colporter des rumeurs.

Ne soyez pas surpris si, à l’âge adulte, elle milite pour la présomption d’innocence. Elle surprendra son entourage dans les grands procès médiatiques en les incitant à trouver toutes les circonstances atténuantes

Sixième Sens

La nuit est belle, l’air est chaud et les étoiles nous matent
Pendant qu’on kiffe et qu’on apprécie nos plus belles vacances
La vie est calme, il fait beau, il est 2 heures du mat’
On est quelques sourires à partager notre insouciance
C’est ce moment là, hors du temps, que la réalité a choisi
Pour montrer qu’elle décide et que si elle veut elle nous malmène
Elle a injecté dans nos joies comme une anesthésie
Souviens-toi de ces sourires, ce sera plus jamais les mêmes
Le temps s’est accéléré d’un coup et c’est tout mon futur qui bascule
Les envies, les projets, les souvenirs, dans ma tête y’a trop de pensées qui se bousculent
Le choc n’a duré qu’une seconde mais ses ondes ne laissent personne indifférent
« Votre fils ne marchera plus », voilà ce qu’ils ont dit à mes parents

Alors j’ai découvert de l’intérieur un monde parallèle
Un monde où les gens te regardent avec gêne ou avec compassion
Un monde où être autonome devient un objectif irréel
Un monde qui existait sans que j’y fasse vraiment attention
Ce monde-là vit à son propre rythme et n’a pas les mêmes préoccupations
Les soucis ont une autre échelle et un moment banal peut être une très bonne occupation
Ce monde là respire le même air mais pas tout le temps avec la même facilité
Il porte un nom qui fait peur ou qui dérange : les handicapés
On met du temps à accepter ce mot, c’est lui qui finit par s’imposer
La langue française a choisi ce terme, moi j’ai rien d’autre à proposer
Rappelle-toi juste que c’est pas une insulte, on avance tous sur le même chemin
Et tout le monde crie bien fort qu’un handicapé est d’abord un être humain
Alors pourquoi tant d’embarras face à un mec en fauteuil roulant
Ou face à une aveugle, vas-y tu peux leur parler normalement
C’est pas contagieux pourtant avant de refaire mes premiers pas
Certains savent comme moi qu’y a des regards qu’on oublie pas
C’est peut-être un monde fait de décence, de silence, de résistance
Un équilibre fragile, un oiseau dans l’orage
Une frontière étroite entre souffrance et espérance
Ouvre un peu les yeux, c’est surtout un monde de courage
Quand la faiblesse physique devient une force mentale
Quand c’est le plus vulnérable qui sait où, quand, pourquoi et comment
Quand l’envie de sourire redevient un instinct vital
Quand on comprend que l’énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement
Parfois la vie nous teste et met à l’épreuve notre capacité d’adaptation
Les 5 sens des handicapés sont touchés mais c’est un 6ème qui les délivre
Bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction
Ce 6ème sens qui apparaît, c’est simplement l’envie de vivre.

Grand Corps Malade

Prêtre, pasteur, ouaille et berger »

  • Je ne me trompe pas : Jésus a bien utilisé l’image du berger veillant sur son troupeau pour définir la mission de ses apôtres ?
  • C’est exact : il a demandé à Pierre d’être le pasteur de son troupeau.
  • Les protestants ont gardé ce terme de pasteur. Pourquoi les catholiques disent-ils « prêtres » ?
  • « Prêtre » vient du mot grec « presbytre » qui désigne un « ancien » (d’où la presbytie…). Après la Pentecôte, Paul avait confié à des « anciens » la charge du culte autour du partage du pain. De là nos prêtres.
  • Et de là, l’âge du clergé aujourd’hui…
  • Sans commentaire…
  • Tu disais donc prêtre. Comme les prêtres juifs ?
  • Non, ce n’est pas le mot qui était utilisé dans le culte juif.
  • Je vois, c’est les traductions qui prêtrent, pardon, qui prêtent à confusion…
  • Amusant… et exact. En fait, Jésus ne s’est jamais présenté comme un prêtre pour ses apôtres.
  • Pourquoi ?
  • Sans doute pour éviter de les mettre à la suite du sacerdoce juif.
  • Comment cela ?
  • Les prêtres juifs offraient des sacrifices : ils en tiraient profit… Les pasteurs et les prêtres, eux n’offrent pas des sacrifices : ils s’offrent comme le Christ, pour que tous les hommes « fassent la volonté de Dieu »
  • Et voilà pourquoi nous sommes les ouailles – du latin « ovis »,  la brebis – de nos pasteurs !
  • Et que nous n’avons pas à nous en sentir humiliés !

Au Fils d’Abraham

Notre vie s’inscrit dans le cours de l’histoire des fils d’Abraham, où prend place la Pâque du Christ, Pierre le rappelle : « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus. »  Il a fait de lui « le Chef, le Sauveur pour apporter à Israël la conversion et le pardon des péchés. »  Quant à nous, la foi en Jésus fait de nous des fils d’Abraham le croyant, réunis en Eglise. Une Eglise qui vit au rythme des persécutions et de la vision de l’Agneau immolé que Jean a contemplé dans une liturgie ses conjugue avec l’étonnante simplicité de la rencontre au bord du lac de Tibériade. Là se révèle un bouleversant mystère : le Crucifié « digne de recevoir toute gloire et toute louange » nous a aimés jusqu’à mourir et n’a rien demandé en échange sinon le droit de nous poser cette question : « M’aimes-tu ? »

Credo de l’espérance

J’ai demandé à Dieu la force pour atteindre le succès,
Il m’a rendu faible pour que j’apprenne humblement à obéir.

J’ai demandé la santé pour faire de grandes choses,
Il m’a donné l’infirmité pour que je fasse des choses meilleures.

J’ai demandé la richesse pour que je puisse être heureux,
Il m’a donné la pauvreté pour que je puisse être sage.

J’ai demandé le pouvoir pour compter sur l’appréciation des hommes,
Il m’a donné la faiblesse pour que j’éprouve le besoin de Dieu.

J’ai demandé un compagnon pour ne pas vivre seul,
Il m’a donné un cœur pour que je puisse aimer tous mes frères.

J’ai demandé toutes les choses qui pourraient réjouir ma vie.
Il m’a donné la vie pour que je me réjouisse en toutes choses…

Je n’ai rien eu de ce que j’avais demandé,
mais bien tout ce que j’avais espéré…

Presque en dépit de moi-même,
mes prières informulées ont été exaucées.

Je suis, parmi les hommes,
le plus richement comblé !

Hans Viscardi (Cette prière a été gravée sur une tablette de bronze dans un institut de réadaptation à New York)