il était chez les siens…

II était chez les siens, les gens de Nazareth, où il avait vécu, où il avait grandi. II pouvait mettre un nom sur chacune des têtes qu’il avait devant lui. Et à la synagogue, les gens le reconnaissaient : « C’est le fils de Joseph! » Et ils en étaient fiers. Un prophète, vous pensez, qui sortait de chez eux ! Et qui était connu jusqu’à Capharnaüm ! Et ainsi, d’âge en âge, chaque génération, chaque secte, chaque Eglise et chaque religion firent main basse sur Dieu : c’est de chez nous qu’il est, c’est nous qui savons bien ce qu’il veut et ne veut pas. Ils accaparèrent Dieu.

Mais les siens, pour Jésus, ce n’était pas seulement les gens de son village. II leur parla d’Elie, le prophète envoyé non pas vers une veuve du pays, une croyante, mais vers une païenne. Et Elisée aussi qui guérit un lépreux, un Syrien, non un Juif, un païen, lui aussi. Et ce fut le scandale. Ainsi donc leur prophète ne venait pas pour eux. Ni pour les bien-portants, plutôt pour les malades. Pour ceux qui ne voient pas clair et pour ceux qui se trompent. Pour ceux que l’on rejette, qu’on regarde de travers, qu’on dit d’un autre bord. Finis les privilèges, finies les chasses gardées.

Et c’est parmi les siens qu’il faudrait donc le suivre. Manger chez les pécheurs et toucher les lépreux. Aimer Marie-Madeleine et dîner chez Zachée. Libérer ceux qui peinent, qu’on enferme dans des lois trop pesantes pour eux, qu’on opprime, qu’on exclut au nom de nos idées, ou de nos traditions, ou de nos religions. Qui ont besoin surtout d’être enfin écoutés, et d’être reconnus, d’être aimés comme ils sont. Mais ceux qui se croyaient propriétaires de Dieu sont devenus furieux. Ils chassèrent le prophète. Qu’il aille donc chez les siens ! Passant au milieu d’eux, lui allait son chemin.

Un temps nouveau va commencer

Un temps nouveau va commencer

LA FÊTE DU BAPTÊME du Seigneur clôt le temps de Noël. Désormais, la liturgie ne proposera plus de méditer sur les événements qui marquèrent les premières années de la vie de Jésus. Il est fini le temps de l’enfance. Elle est finie, la vie paisible de Nazareth. L’heure de la maturité a sonné. Quelque chose de neuf va commencer. Sur les rives du Jourdain, Jean annonce la fin de sa prédication. Il prêchait un baptême de conversion et voici que maintenant « tout le peuple » est baptisé, prêt à accueillir le Messie. Solidaire de son peuple, Jésus a été baptisé lui aussi. Son baptême achève la mission de préparation qui avait été confiée au Baptiste. Un temps nouveau peut commencer. Ce nouveau commencement plonge ses racines dans la prière. L’évangéliste Luc prend soin de bien souligner ce point : Jésus se recueille après avoir été baptisé. C’est dans la prière qu’il accueille l’Esprit Saint, c’est en elle qu’il entend la voix du Père annoncer ouvertement qu’il est son Fils, c’est-à‑dire le Messie, le Sauveur attendu par Israël. La prière et la mission apparaissent ainsi indissociables.

Toute vie connaît ses périodes de remise en question. Elles interrogent le sens donné à notre existence et traduisent le désir d’un nouvel élan, d’une orientation nouvelle, plus conforme aux aspirations de notre coeur. L’évangile d’aujourd’hui rappelle que toute vocation se fonde ou se refonde dans la prière, cet espace où se découvre l’amour trinitaire.

JOIE

J

Aujourd’hui, Seigneur Jésus, nous avons entendu la parole de l’apôtre Paul : « Dieu a manifesté sa tendresse pour les hommes. » Nous avons entendu la Parole même du Père adresse à toi, Jésus : « Tu es mon fils, le bien-aimé »C’est dans ce monde d’affection que nous sommes baignés ici, maintenant, quand nous sommes nourris de ton Pain eucharistique, quand notre chair est vivifiée par ta Présence.

Seigneur Jésus, nous te bénissons pour tant d’amour ! Que ton Esprit saint nous rappelle notre baptême, lorsque par toi nous sommes devenus des fils pour dieu. Et que la joie de croire l’emporte sur tous les doutes, sur toutes les déceptions.

Quand deux futures mamans se rencontrent

Quand deux futures mamans se rencontrent

Quand se rencontrent deux futures mamans qui portent en leur sein comme un trésor leurs bébés, que se disent‑elles? Et que peut‑il bien se passer ? Plus encore quand il s’agit d’Élisabeth, la vielle femme stérile et de Marie, la toute jeune fille qui vient d’épouser Joseph?

Écoute savourée de la parole qu’elles se donnent avec douceur l’une à l’autre, moment d’intense émotion, ravissement, tressaillement. Deux destinées exceptionnelles sont là, l’une face à l’autre, l’une dans les bras de l’autre ou plutôt quatre: les deux leurs et celles de leurs deux enfants. Moment d’espérance inouïe dans le droit fil d’une histoire presque bimillénaire, marquée par des géants de la foi tels Abraham, le père des croyants; Moise, le libérateur; David, le fondateur. Et aussi ces « bouches d’or » que furent les prophètes.

Voici maintenant Jean qu’on nommera: le précurseur. Et enfin Jésus que le ciel lui‑même appellera: l’Emmanuel, le Dieu avec nous.

Événement essentiel, infiniment plus grand qu’une simple rencontre dont on aimerait tirer quelque leçon de prévenance, de charité et de délicatesse. Par ces deux femmes, et plus encore par leurs deux enfants, se joignent et s’enlacent l’ancien et le nouveau Testament. Nouvelle alliance de l’homme et de Dieu qui atteint son expression la plus élevée en Jésus le Christ, lui Parole divine qui s’est faite homme.

Hyacinthe VULLIEZ

Marie…

Marie, tu en as connu des premières fois

Rappelle‑toi: ta surprise au jour de l’Annonciation.

C’était une première pour toi : « Dieu a posé son regard sur toi, humble servante ».

C’est une première pour l’humanité: Dieu veut prendre corps en une femme.

Rappelle‑toi : ton empressement sur la route de la Visitation.

C’était une première pour toi : tu es déclarée « bienheureuse parce que tu as cru ».

C’est une première pour Élisabeth et pour nous: Avec jésus tout bondit d’allégresse.

Rappelle‑toi: la nuit de Noël.

C’était une première pour toi, Joseph, les bergers et les mages

la Gloire de Dieu et la Paix pour les hommes sont annoncées

sous les traits d’un « enfant, emmailloté, couché dans une mangeoire ».

C’est une première pour nous: Dieu se manifeste toujours en ce qui est petit.

Rappelle‑toi: ton inquiétude à Jérusalem.

C’était une première pour toi : l’obéissance de ton Fils à son Père sera toujours première.

C’est une première pour nous: « Dieu toujours premier servi! »

Rappelle‑toi : ta présence à Cana.

C’était une première pour toi: coopérer à l’action de ton Fils.

C’est une première pour nous: Dieu se manifeste au cour de nos existences humaines.

Rappelle‑toi: ta présence au pied de la Croix.

C’était une première pour toi: tout donner, même ton Fils.

C’est une première pour nous

« 11 n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime. »

Marie, toi la première aux yeux de Dieu,

toi la première bienheureuse,

apprends‑nous à aimer Dieu comme tu l’as aimé

en premier.

Si votre tendresse est le signe de la tendresse de Dieu pour son humanité

Si votre tendresse est le signe de la tendresse de Dieu pour son humanité

Regarde la main qui apaise le corps tourmenté, et cette main qui s’émerveille d’une naissance et caresse la vie toute neuve…

Vois ce regard qui ose dire sa quête d’amitié, et ce léger mouvement du corps qui dit la faim d’être regardé sans l’habituelle condescendance…

Entends la voix qui vibre de la joie de te voir revenir après une si longue attente, et cette voix hésitante qui n’en peut plus d’être si peu écoutée…

Respire le parfum que ton hôte a choisi pour te dire merci de ta visite et la fragrance des fleurs de ton jardin que tu offres…

Sens ta propre main si étonnée d’éprouver que l’autre n’a plus peur et commence à se laisser apprivoiser, et entends le battement de ton cœur qui s’est enfin rassuré et cette respiration qui en toi s’est apaisée…

Goûte l’humanité de ton Dieu en l’humanité reconquise sur la peur et l’angoisse,

Elle a le visage de l’ami(e) qui vient avec sa propre soif de tendresse.

Et chante ta joie d’être enfin aimé(e) pour ce que tu es.

Infiniment.