Vendredi 22 mars 2019

Le droit à la différence

Les grands de ce monde ont coutume de maintenir leur bonne entente par de petits cadeaux. Aussi, un jour, l’ambassadeur de Turquie fit porter au roi de Hollande les bulbes précieux d’une plante de son pays qu’il appelait « tulipe ».
Sans attendre, le jardinier du roi planta les bulbes en terre, mais son geste souleva dans les allées une vraie tempête :
– Pas d’étrangères chez nous ! s’écrièrent les autres fleurs, Elles vont déparer au milieu de nos belles couleurs !
Les embryons de tulipes, qui les entendirent, restèrent donc honteusement cachés au fond des bulbes. Les jours passaient, mais rien ne sortait.
Le jardinier, qui était un peu sorcier, se douta qu’il y avait anguille sous roche et fit sa petite enquête auprès des tulipes cachées.
– Que se passe-t-il ? murmura-t-il. Pourquoi ne voulez-vous pas sortir de terre ?
Quand il apprit le fin mot de l’histoire, il se dressa sur ses deux jambes et apostropha le jardin :
– Vous n’avez pas honte ? Comment osez-vous traiter les tulipes d’étrangères ? Voulez-vous que je vous rappelle vos origines ?… (Silence gêné !) Toi, l’œillet, tu viens d’Amérique… Toi, le chrysanthème, de Chine… Vous, le dahlia et le zinnia, du Mexique… Toi, l’hibiscus, tu as grandi sous les tropiques… Et toi, le camélia, dans la plus lointaine Asie…
Toutes les fleurs baissèrent leur tige…
Elles s’excusèrent sans tarder auprès des tulipes, qui acceptèrent de sortir de leur nid de racines.
Le jardinier s’éloigna en maugréant :
Qui sait si celle que vous appelez « étrangère » ne sera pas un jour le symbole même de ce pays ? Il en est souvent ainsi avec les « étrangers »…

%d blogueurs aiment cette page :